MARTIN DÉSILETS @ occurrence

Martin Désilets
Martin Désilets, 2019.

« Matière noire / L’index »
14 mars — 20 avril | March 14 — April 20

occurrence.ca

L’exposition regroupe des extraits des corpus Matière noire et L’index, entamés en résidence à Paris en 2017 et au Parc national du Gros Morne (T.-N.) en 2016. Ces deux projets s’inscrivent dans une temporalité longue, celle de toute une vie.

Matière noire est une œuvre photographique évolutive qui superpose et englobe toutes les œuvres visuelles modernes et contemporaines dans un même fichier numérique jusqu’à l’atteinte du noir complet. Lors de ma résidence au Centre Les Récollets à Paris, j’ai ainsi photographié systématiquement chacune des œuvres présentées dans les différents musées de la ville : Orsay, d’Art moderne, de l’Orangerie, Picasso, Rodin, le Centre Pompidou, et autres. Depuis, le travail se poursuit dans d’autres villes et d’autres musées, à Montréal, Québec, New York… Pour chaque nouvelle centaine d’œuvres ajoutée, un nouvel état de Matière noire est produit ; chaque état devenant à la fois une œuvre autonome et le fragment d’un tout. Selon le protocole établi, j’estime qu’il me faudra entre 120 000 et 150 000 photographies d’œuvres pour atteindre mon objectif.

Matière noire est dépositaire de l’héritage de la modernité. Il fait notamment écho aux travaux de nombreux peintres qui ont opéré une réduction de la peinture, motivés souvent par un désir fou — et utopique — de faire une œuvre qui serait la somme de toutes les œuvres, ou la dernière œuvre, le dernier tableau. L’idée de la fin convoque toutes les fins. Ultimement, Matière noire est une façon d’apprivoiser la finitude.

 

Dans les paysages immenses du Parc national du Gros Morne, les bases de L’index ont été jetées : un projet en théorie sans fin, et une quête absurde dans son inévitable inachèvement, qui consiste à capturer tout le spectre des couleurs du visible. Les moyens utilisés pour isoler la couleur-lumière sont multiples : l’emploi d’un boitier sans lentille, de longs temps d’exposition, la mise hors foyer, le déploiement d’écrans, de réflecteurs ou de diffuseurs. À l’impression, l’indétermination du geste photographique se prolonge, alors que j’impose à l’imprimante une mise à l’arrêt forcée. Une part de l’information contenue dans les fichiers numériques demeure ainsi inexploitée, là où les couleurs se fondent dans le vide et la blancheur du papier. Chaque parcelle de L’index incarne ce faisant l’incomplétude de l’ensemble.

Généralement considéré comme une forme d’indexation du réel, l’acte photographique s’épuise ici dans un geste répété quasi à l’infini (Matière noire) ou la mise en échec du dispositif photographique (L’index). De cette démarche résultent une indifférenciation radicale et une invisibilité de ce qui a pourtant été photographié. On pourrait y voir une analogie avec le numérique, qui encode, archive et engouffre tout du réel. Paradoxalement, ces images sans image offrent bel et bien quelque chose à voir.

« The abstract photograph signifies not the given but the possible. And in an image-choked world, perhaps it signifies a necessary antidote to a growing numbness, an image-blindness. »¹

 

J’approfondis les fondamentaux de la photographie et en explore les mésusages. Dans le contexte de la surabondance et de la dématérialisation de l’image, je m’intéresse à des phénomènes ténus, liés au rayonnement et à la matérialité de la lumière, de même qu’aux effets d’un encodage totalisant du réel par le numérique. Je réalise de multiples prises de vues, qui supposent le détournement ou la mise en échec de certains paramètres techniques, ou qui se superposent jusqu’à l’épuisement d’un motif photographié, voire de l’acte photographique lui-même.

— Martin Désilets

 

Martin Désilets est titulaire d’une maîtrise en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal. Ses œuvres ont fait l’objet de plusieurs expositions, notamment à Montréal (Musée d’art contemporain de Montréal, B-312, Circa, Occurrence et Optica), Laval (Maison des arts), Toronto (G44 Gallery), Oakville (Oakville Galleries), Paris (Geste Paris), Berlin (The Institut für Alles Mögliche) et Beyrouth (Espace SD). Certaines résidences ont été particulièrement marquantes pour l’artiste : à Paris en 2017, au Parc national du Gros Morne à Terre-Neuve en 2016 (avec The Room’s, St-John’s, T.-N.) et à Berlin en 2015. Plusieurs de ses œuvres se trouvent dans différentes collections privées et publiques, dont la collection permanente du Musée national des beaux-arts du Québec et celle du Musée d’art contemporain de Montréal. À l’automne 2019, il sera en résidence à la NARS Foundation à New York.

L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts de Longueuil, la Mairie de Paris, le Centre Sagamie, l’Atelier Michel Séguin, les musées d’Orsay et de l’Orangerie.

  1. Lyle Rexer, The Edge of Vision: The Rise of Abstraction in Photography, New York, Aperture, 2013, p. 180.

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