JEFFREY POIRIER @ circa

Jeffrey Poirier
Jeffrey Poirier, 2018.

« X »
16 mars — 27 avril | March 16 — April 27

occurrence.ca

Signe universel, le « X » évoque symboliquement un repère cartographique, la balise d’une position géographique, de même qu’à une pluralité d’abstractions codifiées. Dans l’exposition X de Jeffrey Poirier, les significations du symbole polysémique sont déviées et réorientées en une prolifération d’ornementations picturales ou sculpturales et, de surcroît, en une réflexion conceptuelle sur l’écologie. En outre, l’artiste détourne le « X » en des combinaisons d’expérimentations matérielles et formelles; en des surfaces aux possibilités infinies ou en une structure accrue de subtilité. Or, ce récent corpus augure la transformation esthétique et pratique d’objets prosaïques méconnus, à la vocation écologique, et rattachés à une (sur)consommation conscientisée. La modulation de ces objets utilitaires s’opère principalement par une éminente variation d’échelle. La démesure des représentations extensives altère radicalement la perception, l’interaction, ainsi que la réception de celles-ci, et ce, tout en révélant pleinement leurs potentiels formels. Par le biais du revirement, Poirier restitue le caractère construit des instruments en des œuvres illusionnistes ; en des versions schématisées ou, à l’inverse, détaillées.

Une série de trois colossales photographies bigarrées de couleurs ardentes est distribuée dans la blancheur de l’espace. À travers le triptyque, l’artiste arpente les possibilités de la dématérialisation des motifs aérés issues d’une pièce de plastique servant au recueillement de l’eau de pluie. En résultent d’opulentes fioritures symétriques surchargées de menus détails aux motifs décoratifs, à l’image d’une mosaïque vitrifiée et émaillée. Combinaison cohésive de formes géométriques et de répétitions à l’infini, le photomontage évolue en un dispositif réducteur de référents visuels, favorisant le pouvoir de suggestion de l’acte de contemplation. Affranchissement de la photographie et de ses limites conventionnelles, la manipulation des images accentue les effets de perception optique alors perturbés par la vacuité des motifs et la densité des couleurs, en plus de la quasi-absence de cadre qui ouvre les possibilités de l’agglomération des ornements.

Au centre de l’espace, une proposition tridimensionnelle, pour le moins démesurée, restitue un emballage réutilisable dédié à la commercialisation écoresponsable d’œufs. Par un jeu de mutation, il en émane, une structure de monstration à la finition usinée, non loin du minimalisme et de ses archétypes, en opposition au lyrisme pictural des trois pièces bidimensionnelles aux murs. La forme binaire du « X » est répétée en une travée de soustractions — de vides — bilatérales qui génère une structure vouée à l’esthétique minimaliste du multiple. Dès lors, les percées géométriques, strictement ornementales et architecturales, dégagent le dispositif de quelconque usage.

Les transfigurations de Jeffrey Poirier infèrent aux instruments un caractère non-fonctionnel et instaurent une distanciation quant à leurs considérations écologiques et scientifiques. Dévoilés autrement, ces instruments confondent les notions de durabilité et d’éphémérité, intrinsèquement liées à la (sur)production et la (sur)utilisation de notre culture matérielle, preuve de commodités — nécessités — artificielles. En interrogeant la logique insensée de la confection excessive de bio-objets afin de contrer la surenchère actuelle du matérialisme, Poirer s’engage dans un processus analytique et livre une réflexion différente sur notre société consumériste par la symbolique du « X » qui se dissipe entre formes et fonctions par des associations conceptuelles.

— Jean-Michel Quirion

 

Né en France en 1986, Jeffrey Poirier vit et travaille à Québec. Sa pratique s’articule principalement autour de l’installation in situ. Détenteur d’une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval, son travail fut entre autres présenté lors d’expositions solos à la Galerie RDV (Nantes, France), au Centre culturel Franco-Manitobain (Winnipeg), à Diagonale (Montréal), à l’Œil de Poisson (Québec) ainsi qu’au Youkobo Art Space (Tokyo, Japon). Boursier du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada, il est impliqué dans le milieu culturel de Québec, notamment comme administrateur du centre d’artistes l’Œil de Poisson depuis bientôt six ans.

Jean-Michel Quirion est candidat à la maitrise en muséologie à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Son projet de recherche porte sur l’élaboration d’une typologie de procédés de diffusion d’œuvres performatives muséalisées. Il travaille actuellement au Centre d’artistes AXENÉO7 situé à Gatineau. À Montréal, Quirion s’investit également au sein du groupe de recherche et réflexion CIÉCO : Collections et impératif évènementiel / The Convulsive collections. Commissaire indépendant, son plus récent projet, Tout contexte est art, a été présenté à la Galerie UQO en 2018. En tant qu’auteur, il contribue régulièrement à ESPACE art actuel, Inter art actuel, ainsi qu’à Ciel variable.

The “X,” a universal sign, symbolically evokes a cartographical landmark, the beacon for a geographical position, as well as a plurality of codified abstractions. In Jeffrey Poirier’s exhibition X, the meanings of this polysemic symbol are deviated and reoriented into a proliferation of pictorial or sculptural ornamentations and, moreover, into a conceptual reflection on ecology. In addition, the artist diverts the “X” into combinations of material and formal experiments, having surfaces of infinite possibilities or increased subtlety of structure. This recent corpus foresees the aesthetic and practical transformation of mundane objects, unknown to the ecological vocation, and related to a conscious (sur)consumption. The modulation of these utilitarian objects takes place mainly through an eminent variation of scale. The excessiveness of these representations radically alters our perception, interaction and reception of them, while fully revealing their formal potential. Through the turnaround, Poirier restores the constructed character of instruments in illusionist works, producing schematic or, conversely, detailed versions.

A series of three colossal photographs, a medley of fiery colours is arranged in the whiteness of space. Through the triptych, the artist surveys the possibilities of dematerializing aerated motifs, stemming from a piece of plastic used to collect rainwater. The result is opulent symmetrical flourishes overloaded with small decorative details, like an enamelled, glazed mosaic. A cohesive combination of geometric shapes and infinite repetitions, the photomontage evolves into a device to reduce visual referents, favouring the power of suggestion to the act of contemplation. Freeing photography and its conventional limits, the manipulated images, disrupted by the emptiness of the patterns and the density of the colours, accentuate the optical perception effects. In addition, the virtual absence of a frame opens possibilities for the agglomeration of ornaments.

In the centre of the space, a three-dimensional work, disproportionate to say the least, reproduces a reusable packaging for the eco-responsible marketing of eggs. Through a play of mutation, a machined-finish structure appears, similar to minimalism and its archetypes, in opposition to the pictorial lyricism of the three two-dimensional works on the walls. The binary form of the “X” is repeated in a span of bilateral subtractions or voids that generates a structure dedicated to the minimalist aesthetics of the multiple. Consequently, the geometrical openings, strictly ornamental and architectural, relieve the device of any use.

Jeffrey Poirier’s transfigurations give the works a non-functional character and establish a distancing to ecological and scientific considerations. Revealed another way, these works merge notions of sustainability and ephemerality, intrinsically linked to (over)production and the (over)use of our material culture, evidence of artificial conveniences –– necessities. Questioning the insane logic of excessively making bio-objects in order to counter today’s ever-increasing materialism, Poirier engages in an analytical process and delivers a different reflection on our consumer society, using the symbolic “X,” which disappears into forms and functions through conceptual associations.

— Jean-Michel Quirion

 

Jeffrey Poirier was born in France in 1986, and now lives and works in Quebec City. His practice concerns mainly site-specific installation. He holds a master’s degree in visual arts from Laval University, and has presented his work in solo exhibitions at Galerie RDV (Nantes, France), Le Centre culturel Franco-Manitobain (Winnipeg), Diagonale (Montreal), L’Oeil de poisson (Quebec City) and Youkobo Art Space (Tokyo, Japan). He has received grants from le Conseil des arts et des lettres du Québec and the Canada Council for the Arts. In Quebec City, he is involved in the cultural milieu and has been director of l’Œil de Poisson, an artist-run centre, for almost six years.

Jean-Michel Quirion is an MA candidate in museology at Université du Québec en Outaouais (UQO). His research focuses on the development of a typology of museum-based dissemination methods for performance art. He currently works at AXENÉO7 artist-run centre, in Gatineau. Quirion is also a member of Montréal-based research collective CIÉCO: Collections et impératif événementiel / The Convulsive collections. As an independent curator, his most recent project, Tout contexte est art, was presented at the Galerie UQO in 2018. He regularly publishes in art magazines such as ESPACE art actuel, Inter art actuel, and Ciel variable.

 

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