CAROLYNE SCENNA @ clark

Carolyne Scenna, Se retrouver dans un bain chaud, extrait de la vidéoprojection, 2019, assemblage de diverses captures d’écran, durées et dimensions variables
Carolyne Scenna, Se retrouver dans un bain chaud, extrait de la vidéoprojection, 2019.

« Pluton »
28 février — 6 avril | February 28 — April 6
centreclark.com

En géologie, un pluton est un type de roche formée par la cristallisation de magma retenu en profondeur sous les croûtes terrestres ou océaniques.

Le magma est une image féconde pour cerner le travail de Carolyne Scenna. Il décrit ce flux d’idées et de référents qui s’entremêlent au contact de ses œuvres. Plus encore, il illustre le fonctionnement par réseaux et par associations libres au cœur de sa démarche célébrant l’ambigüe, l’imprévisible et le paradoxal.

Pour Pluton, Scenna puise indistinctement à même ses archives personnelles, la culture populaire, les codes du Web, l’univers de l’adolescence et l’expérience de la ville. À partir du titre de l’exposition jusqu’aux motifs qu’elle choisit (que ce soit le serpent, le volcan ou le mur de briques), chaque élément de l’ensemble lui permet d’explorer la polysémie des images précisément en résistant à leur fixité. Il s’agit d’une cartographie sans cesse mouvante, et qui surtout, s’applique à demeurer ouverte puisqu’elle est perpétuellement en devenir. Si bien que, même la présente proposition contient déjà ses propres réemplois potentiels — et à rebours, elle porte les vestiges d’expositions antérieures : œuvres préexistantes, matériaux recyclés, vues des maquettes et du processus de création.

Tout comme le serpent à deux têtes qui peuple le vocabulaire visuel de Scenna, le fil qui relie ses œuvres n’a ni début ni fin. C’est un indécidable souhaité. Magnifié.

Dès le seuil de la petite galerie, nous sommes plongés-ées dans un étrange espace qui reconduit cet indécidable à une échelle matérielle et sonore. Suspendue dans un espace-temps imprécis, l’installation immersive s’apparente à une grotte ou à un repère clandestin dans lequel nous sommes invités-ées à nous arrêter et à nous poser.

Les planchers recouverts d’un revêtement textile ont absorbé les coulisses de peinture courant le long des murs. Tout autour, les parois de la salle ont été aspergées d’un mélange soluble de gouache artisanale à l’aide d’un extincteur. Se détachent de l’arrière-plan des motifs en replis sinueux inspirés des politiques d’embellissement urbaines visant à lutter contre les graffitis jugés indésirables. Une fois de plus, Scenna joue sur la notion d’ambigüité : ce repentir, dont la fonction première serait de dissimuler, est ici plutôt exalté pour ses qualités formelles intrinsèques.

Au fond de la pièce une cimaise temporaire accueille une projection vidéo lo-tech obtenue par la numérisation et l’animation en capture d’écran de diverses sources : photographies 35 mm, dessins et captations en direct du traitement de ces images, ensuite juxtaposées et superposées. Ce montage est présenté en désynchronisation, c’est-à-dire sans concordance préétablie, avec l’ambiance sonore qui enveloppe l’installation. La voix qui ponctue la trame musicale profère une narration inspirée des audioguides muséaux, mais dont le texte — un assemblage de notes personnelles et d’extraits trouvés — nierait toute fonction pédagogique claire, avivant par le fait même les incertitudes et décalages mis en scène dans Pluton.

— Florence-Agathe Dubé-Moreau

 

Carolyne Scenna détient une maîtrise en Arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (2017). Son œuvre prend diverses formes, elle se matérialise en photographies, en vidéos lo-fi, en installations et en divers objets. Avec son collectif Les Sabines, elle investit le fanzine, dont on compte à ce jour neuf titres publiés, la performance multimédia (« La vie en reel », diverses occurrences depuis 2013) et, depuis peu, l’intervention dans l’espace public. Ses œuvres ont été présentées à la galerie Les Territoires (forced air : les ventilateurs, 2015), à la Parisian Laundry (Collision 12, 2016), et à la Galerie de l’UQAM (Je suis la pire à ce que je fais le mieux et pour don je me sens bénie, 2017). En 2021, elle exposera le projet Le phénomène du dortoir (en collaboration avec Isabelle Guimond) au centre SKOL. Elle vit et travaille à Montréal.

Remerciements : ​Atelier Clark + Centre Clark, Sophie Desmarais, Isabelle Guimond, Vincent Lafrance, Simon Trottier, Joël Vaudreuil, Maxime Veilleux.

In geology, a pluton is a type of rock formed by the crystallization of magma deep beneath the earth’s or ocean’s crust.

Magma provides a fertile image to describe Carolyne Scenna’s practice. It evokes the flow of ideas and references that come together in her work. Furthermore, it illustrates the operation of networks and free associations that form the basis of an artistic approach that highlights the ambiguous, the unpredictable and the paradoxical.

For Pluton, Scenna draws equally from her personal archive, popular culture, the Web, youth culture, and urban experience. From the exhibition title to her chosen symbols (whether it be the serpent, the volcano, or a brick wall), each element allows her to explore the polysemy of these images by working against their fixedness. It is an ever-changing cartography that, above all, strives to remain open because it is perpetually in the making. So much so, that even this installation already contains its potential reuses—and conversely, bears the residue of previous exhibitions: pre-existing works, recycled materials, and views of maquettes and her creative process.

Like the two-headed serpent that populates Scenna’s visual vocabulary, the thread throughout her work has no beginning or end. It’s an intentional indecision. Magnified.

Right from the small gallery’s entrance, we are submerged in a strange space that transmits this indecision into material and audible form. Suspended in an unspecified space-time, this immersive installation is like a cave or a clandestine hideaway that invites us to stop and stay for a while.

The cloth-covered floor has absorbed the trickles of paint that run along the walls. All around the room, a soluble mixture of artisanal gouache has been sprayed with a fire extinguisher. From the background, sinuous folding patterns emerge, inspired by urban beautification projects meant to combat “undesirable” graffiti. Again, Scenna plays with ambiguity: while this remorse is primarily meant to conceal, here it is celebrated for its intrinsic formal qualities.

At the back of the gallery, a temporary wall features a lo-tech video projection consisting of screenshots of various digitized animations from various sources: 35mm photographs, drawings, and live recordings of these images being processed, which are then juxtaposed and superimposed. This montage is presented in a desynchronized manner, that is, with no pre-established sequence with the surrounding sound environment. The voice that punctuates the soundtrack offers a narrative inspired by museum audio guides, but whose text— an assemblage of personal notes and found excerpts—would negate any clear pedagogical function, thus reinforcing the ambiguities and discrepancies put forth in Pluton.

— Florence-Agathe Dubé-Moreau (translation: Jo-Anne Balcaen)

 

Carolyne Scenna holds a Masters in Visual and Media Arts from the Université du Québec à Montréal (2017). Her work takes on many forms including photographs, lo-fi videos, installations, and objects. Her collective, Les Sabines, has published nine fanzines to date, a multimedia performance (La vie en reel, performed on several occasions since 2013), and most recently, interventions in the public sphere. Her work has been presented at Les Territoires (forced air : les ventilateurs, 2015), at Parisian Laundry (Collision 12, 2016), and at Galerie de l’UQAM (Je suis la pire à ce que je fais le mieux et pour don je me sens bénie, 2017). In 2021, she will present her project Le phénomène du dortoir (in collaboration with Isabelle Guimond) at Centre SKOL. She lives and work in Montreal.

Aknowledgments: Atelier Clark + Centre Clark, Sophie Desmarais, Isabelle Guimond, Vincent Lafrance, Simon Trottier, Joël Vaudreuil, Maxime Veilleux.

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