CHIH-CHIEN WANG @ plein sud

Chih-Chien Wang. What You Found Only Exists in Another World - Iceberg, 2018, 152,4 x 101,6 cm, impression jet d'encre. Permission Pierre-François Ouellette art contemporain
Chih-Chien Wang. What You Found Only Exists in Another World – Iceberg, 2018, 152,4 x 101,6 cm, impression jet d’encre. Permission Pierre-François Ouellette art contemporain

« Hope »
9 février — 6 avril | February 9 — April 6
plein-sud.org

L’univers dans une pièce

Pour cette exposition, Chih-Chien Wang ne veut faire rien de moins que convoquer l’univers visible dans l’espace de la galerie. Il le fait en misant principalement sur des références avouées à la lumière de notre astre principal et au médium le plus apte à capter celle-ci pour tout représenter le visible, la photographie.

Les éléments construits pour Hope sont donc en constante relation avec un univers esthétique qui emprunte ses motifs aux représentations canoniques du médium. Mais le tout s’opère de façon un rien paradoxale. Car ce sont des tuiles de céramique qui étendent un paysage d’horizon couché, sur une ligne qui trace une séparation imaginaire entre le ciel et la terre. Ces pièces ouvrées sont des constructions en provenance de la terre même, cette argile dont il est dit que l’homme pourrait bien être fait !

Au loin, l’éclairant, une source de lumière, dont on peut penser qu’elle agit comme l’astre de cet univers, découpe les angles d’une autre présence matérielle. Celle-ci, de forme carrée, jette une aura de confusion mais son bleu profond nous dit bien qu’on a là la représentation ambiguë de notre terre mère. À ces composantes viennent s’ajouter les œuvres photographiques environnantes. Elles en réfèrent aussi, confusément, à celle-ci dans les formes et les motifs qu’elles offrent aux spectateurs. Mais c’est surtout par sa fonction opérationnelle qu’on sent le médium présent dans ces pièces sculpturales et décoratives. Par ce qu’il peut y avoir en celle-ci de traces et d’impressions, d’imprégnation et de lumière, elles évoquent le travail de la photographie et son rapport au réel.

Les images photographiques qui viennent encadrer cette installation procurent un même sentiment de désorientation. Ce sont de ces natures mortes, du style dont Chih Chien Wang semble avoir le secret : images de résidus végétaux qui illustrent comme la fin d’une consommation et le seuil d’un recyclage. Ces types d’image en rappellent d’autres qui, chez l’artiste, en référaient à une sorte de nature morte nouveau genre. Comme si les restes d’un repas ou l’annonce d’une popote entre connaissances étaient évoqués; traces ou prémonition, cela allait selon ce qu’on pouvait bien imaginer. En plus, ces restants semblaient surtout le résultat des coupes préparatoires et apparaissent comme souvenir d’ingrédients peut-être déjà intégrés au plat et consommés depuis peu. En plus, ils sont souvent de nature végétarienne : peaux de fruits ou légumes émincés.

Or, dans le cas de Hope, leur image photographique les montre saisis et présentés de manière ambiguë. On peine à les reconnaître et à leur donner une identité. Tout petits et incomplets soient-ils dans leur réalité d’origine, ils apparaissent magnifiés par la photographie. Devenus autres par la prise de vue et la magnitude des tirages, ils évoquent des phénomènes naturels… iceberg flottant, flocons de neige en chute, organe humain ou géologique. En fait, entre réalité d’origine et métaphore visuelle, peu de choses semblent changer. Ils incarnent, avant ou après la transformation par l’image, une matérialité écologique, une matière première des choses : la nécessité flagrante des éléments naturels.

— Sylvain Campeau

 

Né à Taiwan, Chih-Chien Wang vit et travaille à Montréal depuis 2002, où il a complété une maîtrise en photographie à l’Université Concordia. Ses récentes expositions personnelles ont été présentées à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain (2017), au Künstlerhaus Bethanien, Berlin (2016), à la Galerie d’art de Mississauga (2015), à la Fonderie Darling, Montréal (2015), à Expression, Saint-Hyacinthe (2014), au Musée régional de Rimouski (2013) et au Musée des beaux-arts de Montréal (2012). Wang a reçu le Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie en 2017. Ses œuvres font partie de nombreuses collections, comprenant notamment le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée national des Beaux-Arts du Québec, la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée national des beaux-arts du Québec, la Ville de Montréal et la Banque d’art du Conseil des arts du Canada.

 

Sylvain Campeau est poète, critique d’art, essayiste et commissaire d’exposition. Il a publié 6 recueils de poésie, trois essais (Chambres obscures. Photographie et installation, Trois, 1995; Chantiers de l’image, Nota Bene, 2011; et Imago Lexis. Sur Rober Racine, Triptyque, 2012) et une anthologie de poètes québécois (Les Exotiques, Herbes rouges, 2003). Un septième recueil de poésie, intitulé Dire encore après, suivra en début 2019. Il a aussi collaboré à des nombreuses revues, tant au Canada qu’à l’étranger. Au Québec, c’est dans les pages de Ciel variable qu’on le retrouve souvent. Comme commissaire, il a réalisé une quarantaine d’expositions dont la récente exposition de groupe Documentar, contar, mentir, en collaboration avec Mona Hakim et présentée en trois lieux au Mexique.

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