CELIA PERRIN SIDAROUS @ clark

Celia Perrin Sidarous, Pores, 2019, Centre CLARK. Photo : Paul Litherland
Celia Perrin Sidarous, Pores, 2019, Centre CLARK. Photo : Paul Litherland

« Pores »
10 janvier — 16 février | January 10 — February 16
centreclark.com

Un grand vase reposait sur un manteau de cheminée, avec une longue tige de vipérine commune et un éventail déployé. Les objets semblaient dormir. Ils émettaient un certain signal. S’il n’est pas sonore, quel genre de signal pourrait-ce être? Celia observait depuis son lit, sans toucher les objets, bien que le toucher fut implicite. Plus elle était immobile, plus une sensation particulière irradiait. Songeant à ce frisson, Celia s’est dit : « Il doit y avoir un moyen d’expliquer la manifestation visuelle de la désambiguïsation ».

En Italie, Celia Perrin Sidarous a dormi et travaillé, et tout ce qu’elle a pu y fabriquer en argile est rentré quelque peu abîmé. Enveloppés dans son bagage à main, il y avait :

1 Un vase avec des « épaules »
2 — Un tesson en forme de vague ondulante
3 — Des formes en argile, prêtes à être émaillées dans une palette de sable rose et de lime, de « raku » japonais et de « tache d’huile » arc-en-ciel — des couleurs minérales que l’on pourrait apercevoir le long de la Grande Muraille de Chine ou dans les déserts de l’Arizona

Récemment, son travail avait commencé à traiter davantage de voyages. Et des origines de la fabrication, de l’impossibilité de faire du neuf (rien ne peut vraiment l’être), prêtant attention aux surfaces de l’argile, du papier, de la silice et de la matière en décomposition — secouer les sédiments afin de renouveler l’importance des choses du passé. La terre et ses espaces ont le pouvoir de retenir et de transporter des échos sonores, la sueur et le souffle humains. Combien d’histoire avait pu traverser cette motte d’argile? Si sa surface devient porcelaine, contiendra-t-elle mieux l’histoire? Le gradient de porosité des sentiments intangibles est-il plus élevé en faïence ou en simple verre? À moitié retenu par la grille d’un quodlibet du 16e siècle (un dispositif de nature morte autrefois employé par les peintres), un arrangement composé d’orchidées mourantes, d’une pierre en forme d’apostrophe, de limes, d’artichauts, de matériel imprimé provenant de plusieurs époques (surtout des années 1970) et de la poterie allemande émaillée avec de l’encre de calmar. Débordant dans la pièce, des objets similaires étaient visibles sur une impression grand format en noir et blanc. Quel récit, quelle mémoire ou quelle sensation pourrait-on tasser dans ces minuscules pores et emporter avec soi?

L’étiquette de provenance pour la tombe no 49 du musée de Santa Giulia à Brescia, en Italie, se lisait comme un conte de fées. Ou comme une marche à suivre pour faire ses bagages en vue d’un voyage vers l’Immortalité, dans l’optique où l’on pourrait y arriver intact :

Incinération « indirecte » dans la tombe
Seconde moitié du 1er siècle av. J.-C.

Le repas funèbre offert à la jeune personne défunte (12/13-21 ans) comprenait de petits oiseaux et un abricot ou une prune.

1 Jarre, petite amphore et jarre avec ornement empreint en argile
2 Assiettes « vernice nera » et gobelet à parois minces brûlés sur un bûcher
3 Pièce (as, 2e siècle av. J.-C.), broche en fer, hache rituelle en fer

L’idée était qu’au long de la route incertaine vers l’au-delà, le défunt pourrait avoir besoin de certaines choses essentielles : un repas, un peu d’argent et une arme.

Bien que PORES ne soit pas un arrangement funèbre et que les descriptions archéologiques soient suspectes, son rapport sur l’état de conservation pourrait indiquer : L’historicité de ces pièces suggère que certaines vies ne laisseront à peu près aucune trace. Toutefois, la partition de cette vie et de ce lieu est retenue fermement par cette atmosphère.

Alisha Piercy (traduit par Simon M. Benedict)

* Les italiques dans le texte désignent les pensées imaginées de l’artiste ou des extraits de conversations entre l’artiste et l’auteur, sauf dans le cas de l’étiquette de provenance pour la tombe no 49 (seconde moitié du 1er siècle av. J.-C.).

 

Celia Perrin Sidarous détient une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia à Montréal, avec une concentration en photographie. Son travail a été présenté dans le contexte d’expositions individuelles et collectives à 8-11 (Toronto), Arsenal Contemporary (New York), Esker Foundation (Calgary), Campbell House Museum (Toronto), la Dunlop Art Gallery (Regina), The Banff Centre (Banff), WWTWO (Montréal), VU (Québec) et Gallery 44 (Toronto). Son travail a fait partie de la Biennale de Montréal 2016 Le Grand Balcon. Elle est récipiendaire du Prix Pierre-Ayot 2017 ainsi que de la bourse Barbara Spohr Memorial Award 2011. Ses œuvres font partie de nombreuses collections publiques et privées, dont les collections du AGO Art Gallery of Ontario et du Musée d’art contemporain de Montréal. Elle est représentée par Parisian Laundry à Montréal, où elle vit et travaille.

L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada de son soutien, ainsi que Milieux Institute, Post Image Cluster + le collectif Outre-vie/Afterlife. L’artiste remercie également Dale + Nick Tedeschi et Parisian Laundry, ainsi que Sara A. Tremblay, l’Atelier CLARK, Marie Côté, Giuliana Geronazzo, Pascale Girardin, Paul Hardy, Palazzo Monti et Clara Touchette Lacasse.

A tall vessel rested on a fireplace mantel, along with a long stem of viper’s bugloss, and an open folding fan. The objects looked like they were sleeping. They emitted some form of signal. What kind of signal could it be if not within the realm of sound? Celia watched from her bed, not touching the objects, but touch was implied. A particular sensation radiated the more still she became. Celia considered this frisson and thought, there must be a way to explain disambiguation that happens visually.

In Italy, Celia Perrin Sidarous slept and worked and everything she made out of clay there came back a little bit broken. Wrapped in her carry-on luggage were:

A single vase with “shoulders”
A shard made as an undulating wave
Clay shapes to glaze in a palette of pink sand and lime, Japanese “raku” and rainbow “gas spill”— mineral colours you’d see along the Great Wall of China or in the deserts of Arizona

Lately, her work had begun to be more about travelling. Also, the ancestry of making, of not-making-newness (nothing really can be), giving attention to the surfaces of clay, paper, silica, and decaying matter, to shake up the sediments to remember things past as important again. Earth and its spaces have the power to hold and transport sound echoes, human sweat and breath. How much history had passed through this mound of clay? If the surface becomes porcelain, will it contain history better? Is the porosity gradient for intangible feelings higher in faïence or plain old glass? The grid of a 16th century quodlibet (a still-life device once used by painters), contained — or half-contained — a display of dying orchids, a rock shaped like an apostrophe, limes, artichokes, printed matter from many eras (mainly the 70s), and German pottery glazed with squid ink. Spilling into the room, similar objects were visible in a large-format black and white photograph. What story, memory or sensation could you pack into these tiny pores to take with you?

The provenance tag for Tomb no. 49, at the Santa Giulia Museum in Brescia, Italy, read like a fairy tale; like packing for a journey to Immortality, where getting there intact is actually quite plausible:

“Indirect” cremation in grave-cut
second half 1st century BC

The funerary meal which was offered to the dead young person (12/13-21 years old) comprised small birds and an apricot or plum.

Jar, small amphora and jar with impressed decoration in common ware(*read: clay)
“Vernice nera” plates and thin-walled ware cup burnt on the pyre
Coin (as, 2nd century BC), iron brooch, ritual iron axe

The idea was that along the uncertain road to the afterlife, the deceased might need basic things: a meal, some money, and a weapon.

Although PORES is not a funerary arrangement, and archaeological description is suspect, a condition report might read: Historicity in these pieces suggests that some lives will leave almost no signature, however, the score of this life and location is held tight in this atmosphere.

Alisha Piercy

* Italics in the text refer to imagined thoughts of the artist or conversation excerpts between the artist and author, except for the Tomb no. 49 provenance tag (2nd half 1st century BC).

 

Celia Perrin Sidarous received an MFA, with a major in Photography, from Concordia University in Montréal. Her work has been presented in numerous solo and group exhibitions, including 8-11 (Toronto), Arsenal Contemporary (New York), Esker Foundation (Calgary), Campbell House Museum (Toronto), Dunlop Gallery (Regina), The Banff Centre (Banff), WWTWO (Montréal), VU (Québec), and Gallery 44 (Toronto). She was also part of the Biennale de Montréal 2016 Le Grand Balcon. Perrin Sidarous won the Prix Pierre Ayot in 2017, and the Barbara Spohr Memorial Award in 2011. Her work is included in several public and private collections, namely the Art Gallery of Ontario and the Musée d’art contemporain de Montréal. She is represented by Parisian Laundry in Montréal, where she currently lives and works.

The artist would like to thank the Canada Council for the Arts for their support, as well as Milieux Institute, Post Image Cluster + the Outre-vie/Afterlife collective. She would also like to thank Dale and Nick Tedeschi and Parisian Laundry, Sara A. Tremblay, Atelier CLARK, Marie Côté, Giuliana Geronazzo, Pascale Girardin, Paul Hardy, Palazzo Monti, and Clara Touchette Lacasse.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s