AHREUM LEE @ sightings

Ahreum Lee
Ahreum Lee, 2018

« I+CARE »
25 janvier — 12 mai | January 25 — May 12
ellengallery.concordia.ca

J’aurais tendance à nommer ma génération la génération IKEA.

Sous cette marque, je vois un conflit de désirs. Les gens veulent de beaux meubles, mais ils n’ont pas – ou nous n’avons pas – les moyens. Alors, les produits IKEA demandent aux consommateurs.trices d’assembler et de désassembler leurs propres meubles afin de réduire les coûts. La culture du « faites-le vous-même » (en anglais, Do It Yourself) nous est vendue comme une valeur, mais elle est étroitement liée au système capitaliste. D’une certaine façon, cette entreprise a réussi à transformer notre travail en nouvelle tendance. IKEA n’est pas la seule compagnie à procéder ainsi, mais c’est probablement la plus emblématique. Notre économie est en train d’opérer une transition vers un modèle selon lequel nous accomplissons nous-mêmes des tâches qui constituaient autrefois un travail rémunéré effectué par des employé.e.s. Ce fait est déguisé sous prétexte de commodité, mais il crée en réalité plus de travail et d’anxiété chez les gens de cette génération. Nous payons le prix de la « commodité » qui nous est offerte, alors que les compagnies tirent profit du travail non payé de leurs consommateurs.trices.

Nous sommes la génération du travail souterrain.

Évidemment, les gens de ma génération entretiennent une diversité de relations avec IKEA. Toutefois, un des principaux attraits de la marque, celui qui nous concerne tou.te.s, est qu’elle s’adapte parfaitement à la culture de la mode éphémère. On peut se procurer ses produits à peu de frais et s’en débarrasser aisément. Voilà qui convient au mode de vie nomade et instable de plusieurs membres de ma génération. De moins en moins de jeunes prévoient acheter une résidence principale et s’établir. Dans certains cas, il s’agit d’un choix délibéré, mais pour un grand nombre de « milléniaux.niales », la notion de propriété immobilière ne leur est jamais venue à l’esprit à cause des coûts ridiculement inaccessibles. La popularité d’IKEA va de pair avec l’état d’impermanence constante de ma génération. L’idée d’un lieu de résidence permanent autant que celle d’une carrière apparaissent comme des notions désuètes issues d’un autre temps.

Nous sommes la génération de l’obsolescence planifiée.

Autour de moi, je constate la marchandisation de toute chose, même de ma propre santé. Je peux imaginer, dans un futur proche, un monde où ce principe du « faire soi-même » (DIY), conçu comme une vertu, s’insinuera de plus en plus dans le domaine des soins de santé. Les mêmes compagnies qui exploitent notre travail seront celles qui nous vendront des remèdes DIY pour soigner nos problèmes de santé causés par le stress et l’anxiété que nous vivons constamment. C’est à nous seul.e.s que reviendra la responsabilité de prendre soin de nous afin de demeurer heureux.euses et par-dessus tout productifs.ives ! Existe-t-il une limite aux soins qu’on peut demander à un individu de s’autoprodiguer ?

Cette installation, I+CARE, simule une annonce publicitaire et des instructions de style IKEA pour fabriquer soi-même du matériel médical d’autotraitement, inventé à des fins d’usage domestique dans un futur proche. L’œuvre propose une méditation sur l’aliénation et l’anxiété causées par le marché du travail souterrain dans nos économies néolibérales. La culture du « faites-le vous-même », qu’on ne cesse de nous vendre comme une forme d’émancipation, s’avère en fait une mesure de réduction des coûts selon laquelle le travail auparavant effectué par des employé.e.s est transféré sur les épaules des consommateurs.trices. Ces instructions surréalistes pour de l’équipement domestique ridiculisent l’omniprésence de la publicité commerciale pour les produits DIY et mettent à jour leur système d’influence. Ces kits de bricolage d’appareils médicaux absurdes dépeignent un futur où l’individu s’imaginera pouvoir résoudre lui-même chaque problème de santé relié au stress. I+CARE tente de mettre en lumière l’anxiété occasionnée par le fait d’habiter des résidences non permanentes dans une société capitaliste, de même que le pouvoir rhétorique du marketing des bonnes habitudes de vie qui imprègne la culture urbaine par le biais de publicités commerciales promouvant le « faites-le vous-même » et le « self-care ». La nature publique et la localisation du cube Sightings en font un espace idéal pour diffuser une telle publicité qui, hélas, peut être considérée comme réaliste dans l’univers surréaliste du capitalisme tardif.

Ahreum Lee 

 

Ahreum Lee est une musicienne et artiste médiatique interdisciplinaire née à Seoul, en Corée du Sud, et vivant à Montréal. Elle a commencé sa carrière en arts médiatiques en tant que cofondatrice et leader du groupe art-rock expérimental Juck Juck Grunzie. Avec ce groupe, pendant près de dix ans, elle a produit des disques et des spectacles en tournée internationale, puis elle a étendu sa pratique à la vidéo et à l’installation multimédia. À travers une diversité de médias, Lee se consacre à l’étude de la boucle de rétroaction qui agit entre l’individu et la société. Comment les peurs et l’anxiété se dissimulent-elles au cœur de la dynamique du pouvoir social ? Comment peut-on subvertir la dynamique du pouvoir qui sous-tend cette relation ? Ses installations les plus récentes se sont centrées sur l’influence des algorithmes sur la perception individuelle de la réalité et l’anxiété cachée qui se révèle dans notre relation avec les nouvelles technologies.

Avant d’immigrer au Canada, Lee a vu son œuvre exposée plusieurs fois dans son pays natal. Depuis son arrivée en Amérique du Nord, elle a exposé et performé à la Fonderie Darling à Montréal, de même qu’au Studio XX, à l’occasion du HTMLLES festival, à l’Axis Lab de Chicago, et participé à la conférence ISCS à Toronto, en Ontario. Elle complète actuellement sa maîtrise en arts visuels dans le programme Intermedia à l’Université Concordia.

Maybe I can call my generation the IKEA generation.

In this brand, I see a conflict of desires. People want to have nice furniture but they, or we, don’t have money for it. So IKEA products ask people to assemble and disassemble their own furniture to keep the costs low. DIY culture is marketed to us as a value, but it is really tied up with the capitalist system. Somehow this brand has found a way to turn our labour into something trendy. IKEA is not the only company to do this, but it might be the most iconic. Our economy is transitioning to a model where we perform tasks for ourselves that used to be paid labour by employees. This is disguised as a convenience but it’s actually creating more work and anxiety for this generation. We are paying the price for our “convenience” while companies profit from the unpaid labour of their customers.

We are the generation of shadow labour.

There is, of course, a diversity of relationships that people of my generation have with IKEA, however, one of the main draws of the brand for everyone is that it suits the culture of fast fashion. It can be bought cheaply and so thrown away easily. This suits the nomadic, unstable life of many in my generation. Fewer and fewer young people are planning to buy a prominent home and settle. In some cases this a deliberate choice, but in the case of a great deal of “millennials”, the notion of homeownership has never even occurred to them because the costs make it so ridiculously unattainable. The popularity of IKEA goes hand in hand with my generation’s constant state of impermanence. The idea of a permanent place or career feels like an antiquated notion of another time.

We are the generation of planned obsolescence.

When I look around I see the commodification of everything, even my own health. I can imagine a world sometime in the near future where this concept of DIY as a virtue creeps its way further and further into the realm of health care. The very companies that exploit us for labour will be the ones selling us DIY remedies for our health problems caused by our constant stress and anxiety. We must be the ones responsible for our own care so that we can stay happy and most of all productive! Is there a limit of the care one can be expected to be able to give to oneself?

This installation, I+CARE, mimics an advertisement and a set of IKEA-style instructions for imagined self-care, DIY medical equipment for a home in the near future. The work is a meditation on the alienation and anxiety caused by the shadow labour market of our neoliberal economies. The “Do It Yourself” culture constantly being marketed to us as a form of empowerment, is, in fact, a cost-cutting measure where labour previously done by employees is being offloaded on to consumers. These surrealistic instructions for home equipment mock the ubiquity of commercial ads for DIY products and expose their system of influence. These impossible health machine DIY kits portray a future where one imagines that every stress-related medical problem could be solved by oneself. I+CARE intends to illuminate the anxiety of living in non-permanent residences in a capital-oriented society as well as the rhetorical power of positive lifestyle marketing permeating urban culture through “do it yourself” and “self-care” commercial ads. The public nature and location of the Sightings cube make it an ideal space to display such ads that, sadly, could be taken as real in the surreal world of late-capitalism.

Ahreum Lee

 

Ahreum Lee is a musician and interdisciplinary media artist from Seoul, South Korea currently based in Montreal. Lee began her career in media arts as the co-founder and frontwoman of an experimental art-rock band Juck Juck Grunzie. After spending nearly a decade producing records and touring internationally with the group, she began to extend her practice into video and multimedia installation work. Through a variety of media, Lee is interested in examining the feedback loop between the individual and society. How are fears and anxieties hidden within the power dynamics of society? How can one subvert the power dynamics in this relationship? Her most recent installations have centred on the influence of algorithms on individuals perceptions of reality and the hidden anxieties revealed through our relationships with new technology.

Prior to immigrating to Canada, Lee had exhibited her work extensively in her home country. Since moving to North America, she has exhibited and performed at Fonderie Darling in Montreal as well as at Studio XX, as part of the HTMLLES festival, Axis Lab in Chicago, and participated in the ISCS conference in Toronto, Ontario. She is currently completing her Masters in Fine Art in Intermedia at Concordia University.

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