NADIA MYRE @ art mûr

Nadia Myre, 2017, impression numérique
Nadia Myre, 2017

« Code Switching and Other Work »
12 janvier — 23 février | January 12 — February 23
artmur.com

Le travail de Nadia Myre déterre poétiquement les enchevêtrements entre l’empire britannique, le Canada et les populations autochtones, et commente l’histoire de la production de pipes à tabac en argile au Royaume-Uni. Ayant directement découlé du troc du tabac avec le soi-disant Nouveau Monde, les pipes pré-bourrées et prêtes à utilisation furent l’un des premiers produits jetables à apparaitre sur le marché. L’œuvre de Myre explore les procédés d’empreinte, de documentation, de tissage et d’excavation autour de ce commerce et poursuit la discussion sur les héritages coloniaux.

La rencontre des européens avec le nouveau monde au cours du 17e siècle engendra une recrudescence de l’utilisation du tabac et la conception de pipes en argile. On assista à un remaniement des récipients, bols et tiges allongées qui étaient utilisés par les premières nations et dont les pipes se brisaient progressivement en segments lorsque le tabac était fumé. De nombreux centres de production s’édifièrent en Grande-Bretagne, à Glasgow et Bristol par exemples, bien que l’Écosse détînt le monopole d’exports aux conglomérats comme la compagnie de la Baie d’Hudson, laquelle régissait la majeure partie de l’Amérique du Nord au début de la colonisation. En archéologie, les tessons de pipes à tabac occupent une place considérable, non seulement puisqu’ils sont découverts en quantité importante, mais aussi car ils sont utilisés pour dater des sites d’excavations. Les morceaux déterrés sont ainsi des objets précieux en termes de leur signification historique, mais ordinaires en raison de leur abondance, de leur apparence élémentaire et de la moindre valeur économique qu’on leur octroie.

Nadia Myre est une artiste du Québec et membre du groupe Algonquin Kitigan Zibi Anishinabeg des premières nations. C’est en 2015 qu’elle débuta ses recherches d’excavation au long des rives de la Tamise, cours d’eau majeur scindant la ville de Londres et se déversant dans la mer du Nord, où elle y a découvert de nombreux vestiges de ces pipes d’argile. À titre d’anecdote sur le récit de ces fouilles, il est arrivé à maintes reprises que des dents et ossements furent confondus avec des tiges et fragments de pipes. Par ailleurs, les tessons, dans leur forme similaire à des billes prêtes à l’emploi, rappellent d’abord les Wampum portés traditionnellement par les premières nations et, ensuite, font référence à la pratique actuelle de perlage et de tissage qu’emploie Madame Myre.

Code Switching and Other Work engage et questionne l’audience quant à l’impact d’un passé commun sur l’entendement actuel des uns et des autres. Amorçant des discussions autour de la polémique des droits et de l’avenir des peuples autochtones, Myre explore les céramiques européennes et natives en ayant recours à la numérisation haute-définition, la sculpture et la photographie, le tout étalé dans un format d’exposition de style muséal. Les recherches et productions de Myre étudient les expériences de médiations interculturelles et les emploient stratégiquement pour reconnaitre et restituer la contribution de l’art et les productions culturelles des premières nations. Par ailleurs, Code Switching and Other Work examine le langage singulier et le pouvoir de la mise en espace muséale, tout comme la production de connaissances qui en découle. L’exposition admet des objets historiques qui sont réappropriés par des techniques de recréation et de représentation. D’un point de vue plus large, la pratique de l’artiste insuffle des questions pertinentes en ce qui concerne le rôle de l’artisanat au sein des arts visuels, tentant ainsi un cahotement de la perception et de la place octroyées à cette pratique ancestrale, mais non moins appropriée pour répondre à des enjeux contemporains.

— Mother Tongue, Tiffany Boyle & Jessica Carden 

Responding to the history of clay tobacco pipe production in London and Glasgow, Myre’s work poetically unearths the entanglement between the British Empire, Canada and Indigenous peoples. A by-product of the tobacco trade with the so-called New World, the pipes were one of the first ‘disposable’ items to enter the market, purchased pre-stuffed with tobacco. Myre’s new work explore processes of imprinting, documenting, weaving and excavating to ask enduring questions around colonial legacies.

European contact with the New World in the 1600s led to an upsurge in tobacco use and to the design of clay tobacco pipes in Britain, a revisal of the vessels used by indigenous peoples with a bowl and elongated stem. The clay pipe was incrementally broken off in segments as the tobacco was smoked. There were a number of production hubs for these across the UK, including Glasgow and Bristol. Scotland’s production had a special monopoly on exporting in large volume to conglomerates such as the Hudson Bay Company, which historically ruled de facto large parts of North America during early colonial settlement. Tobacco pipe shards are significant in archaeological terms, used to date sites during excavations, where they can be found in volume. Excavated shards are therefore at once special items of historical significance, yet also everyday in their number, seemingly simple appearance can carry little economic value.

Nadia Myre is a visual artist from Quebec and an Algonquin member of the Kitigan Zibi Anishinabeg First Nation. In 2015, she began research excavations along the banks of the Thames, uncovering bowls and stems of clay tobacco pipes. In this process, bone and teeth have sometimes been initially mistaken for clay pipe stems and fragments, a telling undertone surrounding the life stories of these items. Equally, the shards in their ready-made, bead like form, recall the wampum used by First Nations people historically and in Myre’s present in weaving.

Code Switching and Other Work is a pertinent body of work, through which the artist engages her audience in questioning how our shared pasts inform present understandings of one another. Initiating timely discussions regarding Indigenous rights and futures, Myre explores Indigenous and European ceramics using high-resolution scanning, photography and sculpture in a museum-style presentation format. Myre’s research and work focuses on cross-cultural experiences and mediations as a strategy towards recognizing and reclaiming the contributions of Indigenous arts and cultural practices. Equally, Code Switching and Other Work examines the language and power of museum display formats and resulting knowledge production, and features historical objects that are reclaimed through re-creation and representation. In wider terms, the artist’s practice asks important questions around the role of craft within a visual arts practice, pushing the boundaries of how craft is understood and positioned.

— Mother Tongue, Tiffany Boyle & Jessica Carden

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