MATHIEU BEAUSÉJOUR @ a. ertaskiran

Mathieu Beauséjour, Horizon perdu, 2018
Mathieu Beauséjour, Horizon perdu, 2018

« Horizon perdu »
17 janvier — 16 février | January 17 — February 16
galerieantoineertaskiran.com

« Souvent on simplifie pour mieux saisir : ensuite, afin d’entrer dans la complexité des choses, il est nécessaire de reprendre¹».

— Georges Bataille

 

« Point de vue : Mon œil est à 1.60 mètre du sol lorsque je suis debout. À cette hauteur, il pourrait voir jusqu’à 4.5 kilomètres sans distorsion, ce qui correspond à la limite optique de la courbe de la terre. Pour faire l’expérience de ce phénomène, il faudrait être devant la mer, ou devant une étendue plane comme un champ de la Saskatchewan. Là, on peut voir la distance entre notre point de vue et l’horizon. C’est l’espace que j’ai voulu représenter dans ces dessins : des carrés composés par la règle des tiers, dans lesquels seul l’horizon construit l’espace pictural. Une sorte de ligne fuyante, rapide et figée. Il n’y a rien d’autre devant. Le ciel glorieux surplombe cette perspective. Dispersés dans l’espace de la galerie comme une série d’ouvertures sur l’obscurité, les paysages noirs font figure d’obstructions visuelles, d’emblèmes philosophiques et de déserts sémantiques. Il nous faudra passer au-delà l’horizon. Maurice², une petite échelle en bronze, nous y mènera dans son mouvement vertical ».

— Mathieu Beauséjour

 

Regroupant les plus récentes œuvres produites par l’artiste, le corpus — composé de dessins, collages, sculptures et vidéos — est issu d’un travail en atelier activé par des gestes répétés privilégiant une économie des moyens de production.

Nichées dans la marge, entre résistance, opposition et détournement, les œuvres de Mathieu Beauséjour relèvent de préoccupations pour les objets et les symboles du pouvoir, ainsi que pour la construction de l’Histoire. Au fil de sa pratique, l’artiste réfléchit à la place de la marginalité dans un monde normatif et ici, de façon plus précise, sur des espaces construits, leurs mémoires et leurs réactivations en objets d’art.

Créés lors des canicules estivales montréalaises, les dessins de Beauséjour posent un regard sur notre monde qui se disloque. Les perspectives qui composent les dessins se rabattent sur elles-mêmes dans l’obscurité. À l’inverse, les multiples lignes tracées au graphite sur papier noir, rappelant les rayons du soleil, offrent une dimension lumineuse au dessin. Ces compositions réaffirment les recherches formelles et plastiques de l’artiste sur l’interrelation d’un centre et de sa marge, sur l’idée de la série et de l’image et du geste répété pour évoquer un continuum.

Alors que Caspar David Friedrich a peint une myriade de paysages à perte de vue, la série de vingt-trois collages intitulés Horizons perdus de Beauséjour superpose des publicités des années 1970 et 1980 de bars gais américains à des reproductions du peintre allemand. Cette rencontre improbable et anachronique évoque à la fois la nostalgie et la disparition de lieux emblématiques d’une culture éclipsée, véritable duplication de ruines dans les ruines romantiques. Loin d’être anodines, les images publicitaires mettent en lumière certains éléments paysagers. Ainsi, Horizons perdus (The Hole) laisse entrevoir une étendue verdoyante dans laquelle se creuse une carrière de sable, alors que Horizons perdus (The Spike) offre à voir la cime d’une montagne s’élevant au-dessus des nuages.

Dans la seconde salle d’exposition, l’œuvre No, réalisée à partir d’un extrait de film érotique noir et blanc du début des années 1960 déniché par l’artiste sur eBay, est un dispositif vidéo où l’on voit un jeune homme refuser d’un hochement de tête. Dédoublé et mis en boucle, la tête de l’homme se brouille de gauche à droite dans la négation et dans la répétition de cette négation. Finalement, à travers Abandon II : le cinéma, Beauséjour poursuit un travail de maquette où il recrée, selon ses souvenirs, des lieux désormais disparus³.

 

Mathieu Beauséjour vit et travaille à Montréal. Les œuvres de l’artiste ont été exposées au Canada et en Europe, notamment à l’occasion de nombreuses expositions telles que Mathieu Beauséjour: Les formes politiques, au musée des beaux-arts de Montréal en 2016, La révolte de l’imagination — une rétrospective au Musée régional de Rimouski en 2015, lors de la Manif d’art 7 de Québec en 2014 et au Musée d’art contemporain de Montréal lors de la Triennale Québécoise en 2011 Son travail a fait l’objet de plusieurs catalogues d’exposition, dont La Révolte de l’imagination, paru en mars 2015. Ses œuvres font parties de diverses collections privées et publiques, telles que la collection du Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec.

Notes

  1. Bataille, Georges (2016). La limite de l’utile. Lignes, Paris, p.80.

  2. Selon l’ordre alphabétique Maurice est le premier prénom masculin français après Mathieu.

  3. Une première maquette Abandon était présentée dans l’exposition Rendez-vous au Musée d’art contemporain des Laurentides à l’été 2017.

« Often one simplifies so as to better grasp something: afterwards, in order to enter into the complexity of things, it becomes necessary to start over again. »¹

— Georges Bataille

 

« Point of view: My eyes are 1.60 metre from the ground when I’m standing up. At this height, they could see up to 4.5 kilometres without distortion, which corresponds to the optical limit of the Earth’s curvature. To experience this phenomenon one would have to be standing before the sea, or before a flat stretch of land such as a field in Saskatchewan. There, one can see the distance between one’s point of view and the horizon. This is the space that I sought to represent in these drawings: squares composed according to the rule of thirds, in which only the horizon constructs the pictorial space. A sort of vanishing, rapid and still line. There is nothing else in front. The glorious sky towers over this perspective. Scattered across the gallery space like a series of openings onto darkness, the black landscapes appear as visual obstacles, philosophical emblems and semantic deserts. We will thus have to go beyond the horizon. Maurice², a small bronze ladder will lead us along its vertical movement. « 

— Mathieu Beauséjour

 

Comprised of drawings, collages, sculptures and videos, the artist’s latest body of work is the result of studio production driven by repeated gestures and a careful management of productive means.

Situated in the margin between resistance, opposition and détournement, Mathieu Beauséjour’s works focus on objects and symbols of power as well as the construction of history. Over the course of his practice, the artist has meticulously and consistently reflected on the place of marginality in a normative world and more specifically here, on constructed spaces and their memorial echoes and reactivations as art objects.

Created during summer heat waves in Montréal, Beauséjour’s drawings examine our shattering world. The perspectives that make up the drawings close in on themselves in darkness. Inversely, the multiple lines drawn in pencil on black paper recall sunrays, endowing the drawings with a luminous quality. These compositions reaffirm the artist’s formal and pictorial research about the interrelation between a centre and its margin, the idea of the series and the image and the repeated gesture to evoke a continuum.

While Caspar David Friedrich painted a myriad of landscapes reaching as far as the eye can see, Beauséjour’s series of twenty-three collages titled Horizons perdus superimposes advertisements for American gay bars from the 1970s and 1980s and reproductions of works by the German painter. This improbable and anachronistic encounter nostalgically evokes the disappearance of the emblematic places of an overshadowed culture, resulting in a veritable duplication of ruins in the romantic ruins. Far from being trivial, the selected advertisements cleverly highlight some landscape elements. Thus, Horizons perdus (The Hole) shows a vast green landscape disfigured by a sand quarry, while Horizons perdus (The Spike) shows the summit of a mountain rising above the clouds.

In the second exhibition room, the work No, created from an excerpt of an early 1960s black and white erotic film that the artist bought on eBay, is a video set-up in which one sees a young man shaking his head in refusal. Superimposed and looped, the work shows the man’s blurred head as it moves from left to right in the negation and the repetition of this negation. Finally, with Abandon II : le cinéma, Beauséjour continues a model-making activity in which he recreates, from memory, places that have since disappeared.³

 

Notes

  1. Bataille, Georges (2016), La limite de l’utile, Lignes, Paris, p.80. (Our translation)

  2. In alphabetical order, Maurice is the first French masculine first name after Mathieu.

  3. An initial Abandon model was shown in the exhibition Rendez-vous at the Musée d’art contemporain des Laurentides in the summer of 2017.

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