FABRIZIO PEROZZI @ popop

Fabrizio Perozzi, Intimité 5, 2016-2017, huile sur canevas
Fabrizio Perozzi, Intimité 5, 2016-2017

« Intimités/Intimité »
22 novembre — 17 décembre | November 22 — December 17
galeriepopopgallery.com

Commissaire : Joyce Yahouda

 

Lorsque je me suis rendue dans le studio de Fabrizio pour voir l’évolution de l’œuvre Intimités, la série de 8 tableaux m’a interpelée. D’abord je ne voyais que des formes abstraites. Et puis ces formes se transforment sous le regard. La fragmentation du corps. Ces corps qui font partie de notre quotidien, se manifestent en gros plan – et parfois hors-champ.

C’est la jonction de 2 têtes d’hommes, des lèvres posées sur une épaule. Des parties de corps : la tête, les mains, des yeux fermés. Les corps représentés ne font pas l’éloge de la jeunesse. La nudité, la représentation de la peau, jouent un rôle précis dans l’œuvre de Fabrizio, qui ne craint pas de montrer les corps flétris, les rides et les bourrelets. Des corps sans défense et vulnérables.

Si, comme Lucien Freud, Perozzi révèle l’intimité de ses modèles à travers les portraits, représentant proches et amis, et si, comme Freud, dans cette série Perozzi sonde la nature humaine à travers son enveloppe charnelle, l’intention en est diamétralement opposée. Lucian Freud, d’une manière réaliste se réfère au corps humain et à la chair, en les montrant torturés, déchus, effaçant toute trace de sensualité ou de désir.

En exagérant les traits, en fragmentant les corps, à travers les corps enlacés et les marques du temps, Perozzi fait ressortir le caractère de ses personnages, reflétant l’intimité, la tendresse, la pudeur, la fragilité. Du contact avec autrui, les images intimes évoquent le désir.

Ayant suivi l’évolution de la carrière de Fabrizio Perozzi depuis plus de trente ans, j’ai encore le souvenir très précis de la première impression que j’ai eu, confrontée à ses tableaux. Jeune artiste dont les connaissances en histoire de l’art étaient encrées dans les sources de sa vie passée entre Milan et Paris, son œuvre reflétait à mes yeux, celle d’un peintre accompli. Les références dans son travail étaient définitivement puisées dans l’histoire de la grande peinture classique des artistes italiens de l’époque baroque. Les drapés et la couleur rouge-sang me ramenaient aux artistes du Cinquecento, à Caravage avec son usage du clair-obscur, les contrastes de lumière et d’ombre très marquée, dont l’influence lombarde se trahissait de par son usage d’une palette limitée et sobre.

Actuellement, dans la série Intimités, la palette de Perozzi reste toujours limitée et sobre, et la recherche du rendu de la lumière est toujours présente. Cependant, les appliqués de peinture se transforment en tonalités sourdes, en des beiges et des gris, rehaussés de blanc, comme pour accentuer l’effet de la peau. Les coups de brosses sont libérés, aussi bien que le traitement des images. Le sujet se précise à coups de touches de peintures, révélant du dessin.

Depuis toujours, Perozzi s’intéresse au corps. À travers ses derniers tableaux, à travers la représentation des images des deux hommes âgés, Perozzi attarde sa recherche sur les aspects primordiaux de l’homosexualité, de la sensation du toucher et du désir, et du temps qui passe.

Le cinéma et la lecture sont sa source d’inspiration. Il visionne maintes fois l’œuvre de Pasolini avec sa vision du réel avec son insaisissabilité du désir, ainsi que l’œuvre de Antonioni avec sa vision de l’incommunicabilité. Avoir lu Une archéologie du toucher de Daniel Heller-Roazen, ainsi que Les Œuvres de miséricorde de Mathieu Riboulet, l’emmène à approfondir sa réflexion sur l’étreinte et le toucher en tant qu’expérience de soi et de lʼAutre. »

— Joyce Yahouda

Curator: Joyce Yahouda

 

« When I visited Fabrizio’s studio to see the evolution of the 8-painting series, entitled Intimités, the work beckoned me. At first, all I could see were abstract shapes. Then, the shapes transform beneath one’s gaze. Fragmentation of bodies. Part of our daily lives, these bodies are conveyed close-up – sometimes out of range.

Two male heads meet, lips against a shoulder. Body parts: the head, hands, eyes closed. The bodies represented do not glorify youth. Nudity and representation of skin play specific roles in Fabrizio’s work, which isn’t afraid of evoking withered bodies, wrinkles and rolls. Bodies that are vulnerable and without defence.

While Perozzi is like Lucian Freud, in his revelation of the intimacy of his models through portraiture representing friends and loved ones, as well as in his probing in this series of human nature through carnal envelopes, his intentions are diametrically opposite. Lucian Freud refers to flesh and the human body in a realist manner, presenting them as tortured, fallen and devoid of any traces of sensuality or desire.

Through exaggerated traits, fragmented and intertwined bodies, and the effects of time, Perozzi brings out the character of his subjects, which reflects intimacy, tenderness, prudishness and fragility. Contact with the other – these intimate images evoke desire.

Having followed Fabrizio Perozzi’s career for over thirty years, I still have vivid memories of my first impressions when confronted with his paintings. As a young artist whose art history knowledge was anchored in sources from his life between Milan and Paris, in my eyes his work represented that of an accomplished painter. His work was definitively drawn from references to great classical painting by Italian artists from the baroque period. The drapery and blood-red colour are reminiscent of cinquecento artists, Caravaggio and the use of chiaroscuro; and the marked contrast between light and shadows reveals Lombard influences, divulged through a limited and sober palette.

In Perozzi’s current series, Intimités, the palette remains limited and sober, and the same rendering of light quality is still present. However, paint has been applied and transformed into duller tones – beiges and greys that are boosted with white to accentuate the effect of skin. Brush strokes and images are treated freely. The subject emerges through paint marks, revealing drawing.

Perozzi has always been interested in the body. Through his recent paintings, through the representation of two older men, Perozzi lingers on his research of the primordial aspects of homosexuality, of the sensation of touch, and of the passage of time.

Cinema and literature are his sources of inspiration, which he often finds in viewing Pasolini’s work, with its vision of reality and the unreachableness of desire; in addition to Antonioni’s work, with its vision of incommunicability. His reading of The Inner Touch: Archaeology of a Sensation by Daniel Heller-Roazen, and Les Œuvres de miséricorde by Mathieu Riboulet led him to deepen his reflections on the embrace and touch as experiences of the self and the other. »

— Joyce Yahouda (Translation by Lisa Waite)