MATHIEU LÉVESQUE @ trois points

Mathieu Lévesque, Gold Diggers, 2018, acrylique, pigment végétal et vernis sur bois, 79 x 152,5 cm
Mathieu Lévesque, Long Walk, 2018

« Horizons — This is the Place »
3 novembre — 15 décembre | November 3 — December 15
Vernissage 3 novembre 15h | November 3, 3PM
galerietroispoints.com

Avec la série Horizons — This is the Place, Mathieu Lévesque fait montre d’une grande maturité et articule plus clairement que jamais les questionnements sociaux et politiques qui sous-tendent sa rigoureuse recherche formelle. Il revient à la surface après l’exploration poussée du shaped canvas des dernières années avec sa série de Parallèles. Le plaisir de peindre se fait fortement sentir dans cette série, où l’accumulation de fines couches de couleur produisant de riches textures est envisagée ici comme autant de générations d’empreintes, laissant transparaître un dur labeur. Malgré tout, l’irrégularité des formats perdure et les tableaux demeurent polygonaux quoique plus près du format traditionnel. Les vibrants diptyques insufflent un dynamisme subtil qui instaure un rythme nouveau à l’exposition.

Le discours social et politique de Lévesque a toujours été présent dans sa pratique, mais jamais autant assumé que dans cette plus récente série. On le sent d’autant plus fortement dans le choix des titres. Le tableau devient l’incarnation d’un territoire témoin de l’Histoire, tant de fois conquis, puis perdu ou volé. Ce sont les questions de luttes de classes, d’identité et de mixité culturelle qui préoccupent Mathieu Lévesque, de retour d’un long séjour au cœur des États-Unis.

Les titres choisis par l’artiste l’évoquent bien : le grand diptyque brun et doré intitulé Dark Fence réfère ainsi aux inégalités raciales, à la ségrégation et au mur frontalier qui séparerait le Mexique des États-Unis, alors que Gold Diggers juxtapose de riches teintes de jaune et de violet et fait allusion aux couleurs de la Californie et à la Ruée vers l’or. Durant la Conquête de l’Ouest, la construction du Pacific Railroad ne s’est pas faite sans exploiter un grand nombre d’ouvriers chinois, amérindiens et mexicains. Rappelant les couleurs du paysage du Colorado Bassin, le vert et orangé de Long Walk rend hommage aux Navajos expulsés de leurs terres au Nouveau-Mexique et leur migration vers l’Arizona. « It is enough. This is the right place. Drive on. », s’est exclamé Brigham Young, pionnier Mormon, en atteignant le Great Salt Lake après un éprouvant exode migratoire depuis les plaines du Midwest.

 

Fasciné depuis son enfance par la culture américaine, Mathieu Lévesque éprouve depuis quelques temps un intérêt marqué pour le road trip. Après avoir converti lui-même son petit camper-van, il a ensuite englouti 18 000 km de route en 51 jours, (23 états et 2 provinces). Découvrir l’immensité des paysages américains tout en vivant dans un minuscule habitacle, l’a amené à réfléchir sur les origines de ce plaisir nomade. Mode de (sur)vie fondamental à la colonisation de l’ouest américain, le caravaning fut d’abord une dure nécessité avant de devenir tourisme de plaisance.

With his new series Horizons — This is the Place, a mature Mathieu Lévesque articulates more clearly than ever before the social and political questions that underlie his rigorous formal research. He comes back to the surface after extensive exploration of the shaped canvas in recent years with his series of Parallèles. The pleasure of painting is strongly felt in this series, where the accumulation of thin layers of color produces rich textures, echoing many generations of footprints and revealing hard work. We recognize irregular canvases as the paintings remain polygonal even if closer to traditional format. Vibrant diptychs infuse a subtle rhythm that sets the dynamic tone of the exhibition.

Levesque’s social and political discourse has always been present in his practice, but never as much as in this latest series. We feel it all the more strongly in the choice of titles. The paintings becomes the incarnation of a territory witness of history, so many times conquered, then lost or stolen. It is the issues of class struggle, identity and cultural diversity that preoccupy Mathieu Lévesque who is returning from a long stay in the heart of the United-States.

The titles evoke it strongly: the large brown and golden diptych entitled Dark Fence thus refers to racial inequalities, segregation and the idea of a border wall separating Mexico from the United States, while Gold Diggers juxtaposes rich shades of yellow and purple and alludes to the colours of California and the Gold Rush. During the Western Conquest, the construction of the Pacific Railroad was done exploiting a large number of Chinese, Native American and Mexican workers. Recalling the colours of the Colorado Basin landscape, the green and orange Long Walk pays tribute to the Navajo expelled from their lands in New Mexico and their migration to Arizona. « It’s enough, this is the right place, Drive on, » said Brigham Young, a Mormon pioneer, reaching the Great Salt Lake after a devastating migratory flight from the Midwestern plains.

 

Fascinated since his childhood by American culture, Mathieu Lévesque has long felt a marked interest in the road trip. After having converted his own camper-van, he then engulfed 18,000 km of road in 51 days, (23 states and 2 provinces). Discovering the immensity of American landscapes while living in a tiny cabin, led him to reflect on the origins of this nomadic pleasure. Fashion of life fundamental to the colonization of the American West, the caravanning was first a hard necessity before becoming pleasure tourism.