MARCEL BARBEAU @ d’este

Marcel Barbeau, Diamants-larmes, 2004, acrylique sur toile, 150 x 150 cm
Marcel Barbeau, Diamants-larmes, 2004

« Jours d’envol »
1 — 25 novembre | November 1 — 25
Vernissage 1 novembre 17h | November 1, 5PM
galeriedeste.com

Commissaire : Dre Ninon Gauthier.

 

J’ai souvent expliqué comment l’expression du mouvement est au cœur même de la trajectoire de l’œuvre Marcel Barbeau depuis ses toutes premières gouaches de 1944-45. Le mouvement est aussi un thème que l’historienne d’art et philosophe Carolle Gagnon avait développé dans un chapitre de notre monographie Marcel Barbeau Le regard en fugue. L’éblouissante rétrospective Marcel Barbeau en mouvement, présentée actuellement au Musée national des beaux-arts du Québec, sous le commissariat d’Éve-Lyne Beaudry, le démontre brillamment.

L’exposition Jours d’envol aborde la même thématique à travers des œuvres de maturité de l’artiste, alors à l’apogée de son œuvre et de sa carrière. L’envol suggère l’amorce d’un mouvement léger, fluide, aérien, libérateur. Il réfère à l’exaltation qui habitait Marcel Barbeau lorsqu’il amorçait une nouvelle approche, une série comme une œuvre nouvelles. Il évoque ou aussi sur mode mineur, la veille de son grand départ alors qu’il a préservé jusqu’au bout de sa route sa curiosité intellectuelle, la même ferveur tenace. Malgré la maladie de Parkinson qui le minait, lorsqu’il pouvait se rendre à sa table de travail, seul sa flamme pour son art comptait. Il y retrouvait son désir de créer, le sentiment de liberté que la création lui procurait. Son visage s’illuminait alors, émerveillé de cette nouvelle œuvre rayonnante qui lui était donnée et qu’il pouvait offrir au monde. Car, son seul souhait était de communiquer ainsi la joie de repousser les limites du regard.

Dans ses deux dernières périodes, exposées à Galerie D’Este, Marcel Barbeau a voulu faire le point sur l’ensemble de son parcours en repoussant encore davantage les frontières disciplinaires et esthétiques. En 1990 et surtout en 1991, il a intégré dans une même œuvre picturale ou sculpturale les éléments plastiques qui lui était étrangers. Ainsi en 1988, il a repris la polychromie de ses sculptures de 1984, dans une série de maquettes de sculptures associant les complémentaires déclinées en nuances également opposées, qui, par leur confrontation, créaient un monde d’illusions, semblable à celui de ses peintures optiques. Puis à la fin de 1990 et surtout de 1991, il a repris, en peinture, des éléments spatiotemporels, des trouées, des figures, de ses sculptures récentes. Ces tableaux, qu’ils appellent Anaconstructions, construisent et déconstruisent constamment, dans le regard du spectateur, des objets bidimensionnels qui s’interpellent. Ils créent un ballet fascinant de formes-objets abstraits qui se propulsent à l’avant du tableau pour aussitôt s’y résorber en une image plane.

À partir de 2011, il réintroduit la gestualité et le tachisme de sa jeunesse en les associant à des éléments picturaux nettement délimités, arcs de cercle, ondulations, ou obliques minces, isolées ou répétées en rythmes initiant un effet d’optique. Il donne ainsi à voir combien son œuvre entier n’est qu’une quête d’expression du mouvement et de la vie, du devenir qui est le propre de notre univers et de notre humanité.

— Dre Ninon Gauthier

 

Marcel Barbeau, OC, ONQ, RCA, Prix Borduas, Prix du Gouverneur Général et Prix Louis-Philippe Hébert, naît à Montréal le 18 février 1925. Il étudie avec Paul-Émile Borduas à l’École du Meuble de Montréal (1944-1947) et il fréquente l’atelier personnel de ce dernier où il rencontre les jeunes artistes et intellectuels qui formeront le groupe des Automatistes. Il participe à toutes les activités de ce mouvement entre 1946 et 1955, dont ses deux premières expositions d’avril 1946 et de février 1947, et signe le manifeste Refus Global en 1948. Depuis, il n’a cessé de remettre en question ses acquis. Constamment à la recherche de formes nouvelles et de nouveaux modes d’expression, « guidé par une impulsion réitérée de « passage à la limite » selon Charles Delloye. En ce sens, il est pleinement un « artiste exploréen », selon le terme du poète Claude Gauvreau. Nomade par sa curiosité de l’autre, Vancouver, Paris, New York, la Californie du Sud ont été tour à tour ses ports d’attache, bien qu’il ait toujours maintenu des liens profonds avec le Québec où il revenait pour de longs séjours annuels. De retour à Montréal en 2008, Il y est décédé le 2 janvier 2016, ayant continué à pratiquer son art jusque dans ses dernières semaines, comme il le souhaitait. Figure majeure de l’art canadien, on trouve ses œuvres dans la plupart des musées d’art du pays et dans plusieurs musées étrangers réputés. Le Musée national des beaux arts du Québec présente actuellement une grande exposition rétrospective de son œuvre.

Curator: Dre Ninon Gauthier.

 

I have often described how the expression of movement is at the heart of Marcel Barbeau’s artistic practice, and has been since his earliest gouaches of 1944-45. Movement is also a theme developed by art historian and philosopher Carolle Gagnon in a chapter of our monograph Marcel Barbeau le regard en fugue. The centrality of movement in Barbeau’s work is brilliantly demonstrated in the dazzling retrospective Marcel Barbeau en mouvement, curated by Éve-Lyne Beaudry and currently on show at the Musée National des beaux-arts du Québec.

The exhibition Jours d’envol traces this theme through the artist’s later works, created at the height of his powers both creatively and in terms of his career. Taking flight (l’envol) suggests the beginning of a light, fluid, free movement; a lift, a throw, a leap. This refers to his exaltation at the start of a new approach, whether of a series or a single work. It also evokes, in a minor key, the energy of his twilight years: he kept his intellectual curiosity and his passion for his art, carrying on his work whenever he could in the face of Parkinson’s disease. His powerful drive to create was linked to the feeling of freedom that creating art gave him. His face would light up then, marveling at having created this new work and at the prospect of sharing it with the world. His greatest wish was to share his joy at pushing back the limits of seeing.

In his final two periods of work, exemplified at Galerie d’Este, Marcel Barbeau sought to take stock of his practice up to that point, and to further challenge the boundaries of the discipline and the aesthetic. By 1990 and especially 1991, he had begun to revisit previous ideas in new forms. Already, in 1988, he reincorporated the polychromy of his 1984 sculptures in a series of sculptural maquettes in which gradients of complementary colours directly mirror each other, creating illusions similar to his optical paintings. Then at the end of 1990, and in 1991, he included, in paintings, spatiotemporal elements such as openings and figures that had appeared in his recent sculptures. These paintings, which he called Anaconstructions, appear to the viewer to resolve into an interplay of two-dimensional structures, and then to dissolve again. They create a fascinating ballet of abstract object-forms which oscillate forward and back again into the picture plane.

From 2011, Barbeau reintroduced the gesturality and freeform abstraction of his youth in conjunction with neatly defined elements: arcs, undulations, oblique sections, in isolation or repeated rhythmically to create an optical effect. In this way, he was able to demonstrate how the entirety of his practice had been to seek to express movement and life; in effect, to express becoming, which is the hallmark of our universe and ourselves.

— Dre Ninon Gauthier 

 

Marcel Barbeau, OC, ONQ, RCA, Prix Borduas, Prix du Gouverneur Général et Prix Louis-Philippe Hébert, was born in Montreal on February 18, 1925. He studied with Paul-Émile Borduas at École du Meuble in Montreal and then, between 1945 and 1953, attended his personal workshop where he met the young intellectuals who formed the Group of Automatists. He participated in all the activities of this movement between 1946 and 1955, including his first two exhibitions of April 1946 and February 1947, and signed the manifesto Refus Global in 1948. Since then, he has questioned his achievements. Constantly in search of new forms and new modes of expression, guided by a repeated impulse of « passage to the limit » according to Charles Delloye. In this sense, he is fully an « exploratory » artist, according to the term of the poet Claude Gauvreau. Nomadic by his curiosity of the other, Vancouver, Paris, New York, Southern California were alternately his home ports, although he always maintained deep ties with Quebec where he returned for long annual stays. Back in Montreal in 2008, he died on January 2, 2016, having continued to practice his art in his final weeks, as he wished. Major figure of Canadian art, we can find his works in most of the museums in the country and in numerous reputable international institutions. The Musée National des beaux arts du Québec is currently presenting a major retrospective of his work.