LORNA BAUER @ nicolas robert

Lorna Bauer, Margaret Mee Shade House, 2018, impression pigmentée
Lorna Bauer, Margaret Mee Shade House, 2018

« Tools for Idlers »
20 octobre — 24 novembre | October 20 — November 24
Vernissage 20 octobre 15h | October 20, 3PM
galerienicolasrobert.com

Par le travail de la main, par le dessin, on est entré chez un inconnu […].

— Le Corbusier

 

Il vint un moment où l’illustratrice botanique Margaret Mee commença à habiter ses sujets. Selon une amie proche, si les œuvres de Mee étaient reconnaissables, c’est précisément parce qu’elle « semblait être entrée dans les plantes elles-mêmes ». Cela explique peut-être pourquoi son propre jardin et les créatures qui s’y trouvaient étaient notoirement laissés à leur sort. On ne détruit pas la toile d’une araignée. C’est sa maison.

Quinze expéditions en Amazonie. Des milliers d’heures sur papier. Mee compte parmi les artistes botanistes les plus respectés du vingtième siècle. Après s’être installée à Rio de Janeiro en 1947, elle travailla en étroite collaboration avec l’architecte paysagiste Robert Burle Marx. Tous deux grands collectionneurs de plantes amazoniennes rares, ils font office de pionniers en matière de protection de l’environnement. Mee saisissait le paysage. Max le contenait.

Lors de son premier voyage à Rio de Janeiro, Le Corbusier décrivit la ville comme un endroit où « les idées vous assaillent ». À l’instar de nombreux Européens, il était déconcerté par l’immense jungle qui empiétait constamment sur la ville : « La forêt tropicale, la végétation luxuriante des méandres, sont les matrices de notre planète . » Son projet ultérieur en collaboration avec Burle Marx fut décrit comme un exercice de contraste. Les jardins sinueux de flore indigène de Marx s’opposaient à la linéarité sévère de l’architecte suisse . Par ailleurs, le « chaos » de Rio offrait un cadre idéal pour solliciter une esquisse corbuséenne caractéristique : un projet urbain comportant une autoroute à cent mètres de haut, sur le toit d’immeubles de dix étages, eux-mêmes reposant sur des piliers de trente mètres. Tout cela, bien sûr, est resté sur papier.

Comme l’a souligné Beatriz Colomina, le dessin permettait à Le Corbusier de s’approprier le monde extérieur . Tout au long de sa carrière, il l’a prôné en tant que mode d’expression rationnel, comparable à l’architecture même. Dessiner constituait simplement un moyen d’appréhender son environnement avec exactitude. Il comparait constamment l’art graphique avec la photographie, tout en fondant paradoxalement ses propres esquisses sur des photographies et des cartes postales. Dessiner, c’est se rapprocher de la vraie incarnation. Travailler avec ses mains, c’est « entrer chez un inconnu », déclara-t-il. L’appareil photo, en revanche, est simplement « un outil de paresse puisqu’on confie à une mécanique la mission de voir pour vous ».

— Rebecca Lemire

“By working with our hands, by drawing, we enter the house of a stranger”

— Le Corbusier

 

There came a point when botanical illustrator Margaret Mee began to inhabit her subject matter. Her work, according to a close friend, was recognizable precisely because “it was as if she had entered the plant itself.” Perhaps this is why her own garden, and the creatures in it, were notoriously left to their own devices. One mustn’t destroy the spider’s web. That is its home.

Fifteen Amazonian expeditions. Thousands of hours on paper. Mee was one of the most revered botanical artists of the twentieth century. After moving to Rio de Janeiro in 1947, she worked closely with the modernist landscape architect Robert Burle Marx. Both avid collectors of rare Amazonian species, they were pioneering conservationists. Mee entered the landscape. Marx contained it.

When Le Corbusier traveled to Rio for the first time he described it as a city where “ideas attack you.” Like many Europeans, he was overwhelmed and disturbed by the vast jungle which continually encroached on the city; « The rainforest, the exuberant vegetation of the meanders, are the molds of our earth.” His subsequent work with Burle Marx has been described as an exercise in contrast. Marx’s snaking gardens and indigenous flora thwarting the Swiss architect’s strict linearity. Similarly, the ‘chaos’ of Rio provided the perfect opportunity to invoke a characteristically Corbusian sketch: an urban plan consisting of a 100 metre tall highway, above 10 storey high buildings, themselves raised on 30 metre piers. This of course, all remained on paper.

As Beatriz Colomina has pointed out, drawing was how Le Corbusier appropriated his exterior world. Throughout his career, he would laud it as a rational medium, akin to architecture itself. Drawing was simply a way to accurately process one’s surroundings. He consistently contrasted the medium with photography, while paradoxically basing his own sketches on photos and postcards. By drawing, we inch closer to true embodiment. By working with our hands we “enter the house of a stranger” he quipped. The camera on the other hand, is merely “a tool for idlers, who use a machine to do their seeing for them.”

— Rebecca Lemire