LEWIS & TAGGART @ clark

Lewis & Taggart, Crack, break, broken, 2018
Lewis & Taggart, Crack, break, broken, 2018

« Sculpture from the Block »
25 octobre — 1 décembre | October 25 — December 1
Vernissage 25 octobre 20h | October 25, 8PM
centreclark.com

À sa source, le travail sculptural de Lewis & Taggart correspond à des moments de heureux hasards. Les artistes canalisent les récits générés par des coïncidences subtiles, et amplifient toute l’éloquence de la contingence. Ces accidents mobilisateurs ne sont pas pigés aléatoirement de la panoplie de rencontres fortuites ou étranges qui surviennent en marge de la réalité quotidienne, ils sont plutôt filtrés à travers un cadre rigoureux de propriétés requises — un cadre qui n’est pas tant complexe qu’il est dynamique.

Lewis & Taggart se penchent sur une matière qui est fonctionnelle, mais transitoire. Leur travail est souvent déclenché par de petits objets éphémères, qui se déplacent dans le monde à travers des réseaux d’échange et de commerce énigmatiques qui échappent à l’observation. Comme des oiseaux migratoires, ces objets imprimés et ces dispositifs remplaçables voyagent souvent sur de grandes distances sans que nous le réalisions, afin de remplir leur fonction prévue. Parfois, ces articles finissent en entreposage ou parmi d’autres collections accidentelles, ou alors les artistes les saisissent juste avant qu’on ne les jette. Surgissant par chance, ils s’introduisent dans l’archive des artistes, et deviennent des impulsions en attente d’expression.

Afin d’être utiles au travail de Lewis & Taggart, et de s’affranchir de leur fonction initiale, ces objets doivent fonctionner sur deux niveaux de sens. Leur design doit avoir des qualités formelles qui correspondent à un certain langage géométrique et abstrait, et leur émergence du système économique discret où ils circulaient doit se produire de manière à la fois captivante et inattendue. Par exemple, un ensemble assorti de cartes de triage postal laissées par erreur dans la boîte à lettres des artistes, ou encore, les frettes d’une guitare fracassée trouvées dans un parc d’Helsinki.

Les œuvres du duo emploient souvent des doubles ou des paires d’objets. Ainsi, Lewis & Taggart bâtissent autour des matériaux qu’ils découvrent en leur appliquant des questions ayant trait à la dualité : comment être semblables et différents; comment demeurer pareil tout en changeant; comment être à la fois une chose et une autre chose? En utilisant des méthodes d’association et des jeux de mots — parfois drôles, parfois sincères—les artistes trouvent des stratégies leur permettant d’équilibrer les tensions engendrées par ces questions et leurs implications. S’il y a flottement, alors la gravité. S’il y a évidence, alors le détournement. S’il y a désir, alors l’échec. Ces éléments divergents s’harmonisent et rivalisent les uns avec les autres, sans jamais parvenir à une résolution.

Au fur et à mesure que les objets s’approchent de leur expression en tant qu’œuvres d’art, l’énergie générée par les qualités variables de tension formelle et narrative est transformée symboliquement en un potentiel architectural qui se manifeste sous forme de sculpture. Chaque œuvre dans Sculpture from the Block est un exploit de pluralisme coordonné, la convergence d’un moment d’équilibre. Autrefois canalisées vers un état d’immobilité complexe, les tensions multiples des œuvres continuent d’être activées par leurs propres conversations internes, évoluant ultimement vers un paradigme stable de fluidité.

— Mark Mann (traduit par Simon M. Benedict)

 

Andrew Taggart et Chloe Lewis travaillent ensemble dans le cadre du duo artistique Lewis & Taggart depuis 2006. En 2010, ils ont obtenu une maîtrise en beaux-arts conjointe de la Bergen Academy of Art and Design, en Norvège. Depuis, leur travail a été exposé dans des lieux tels que Hamburger Bahnhof, Berlin; Syntax, Lisbonne; The Drawing Centre, Oslo; Entrée, Bergen; ISCP, New York; The Centre for Contemporary Art, Varsovie; et Kunstverein Leipzig, Allemagne. Ils sont récipiendaires de plusieurs prix et ont participé à plusieurs résidences, dont le Künstlerhaus Bethanien International Artist Residency, à Berlin, offert au duo par le Conseil des arts du Canada en 2016. En parallèle de leur pratique d’atelier, Lewis & Taggart dirigent le Museum of Longing and Failure (MOLAF), une entité de collection qui prend forme à travers des conversations sculpturales en continu avec d’autres artistes et collectifs.

Les artistes tiennent à remercier Natacha Chamko, Yan Giguère, et Peter King.

In its origins, the sculptural work of Lewis & Taggart aligns with instances of serendipity. The artists channel narratives generated by subtle coincidences and amplify the eloquence of happenstance. These mobilizing accidents are not chosen freely from the panoply of lucky or eerie collisions that occasionally unfold at the fringes of day-to-day reality, but rather are filtered by a rigorous framework of required features — a framework that is not so much intricate as animate.

Lewis & Taggart address material that is purposeful yet transitory. Their work is frequently catalyzed by small ephemera, which move through the world along arcane networks of marketing and trade that are impossible to witness. Like migrating birds, these printed items and expendable contrivances often travel great distances without our hardly noticing, to perform the tasks for which they were created. Sometimes these objects eddy into storage and other accidental collections, or the artists catch them on the brink of disposal. Appearing by some unique chance, the objects enter the artists’ archive as impulses awaiting expression.

To serve the work of Lewis & Taggart and not just their original function, these objects must operate on two nuanced levels of signification. Their design should possess formal qualities resonant within a language of geometry and abstraction, and their emergence from the muted economic system in which they originally circulated should occur in a manner that is both compelling and unexpected. A matching set of letter-sorting “breaker” cards mistakenly left in the artists’ mailbox, for example, or the frets of a smashed guitar found in a park in Helsinki.

Again and again, works by the duo employ doubles or objects in pairs. In this way, Lewis & Taggart elaborate upon the material they discover by applying questions related to the problem of duality: how to be similar but different; how to be the same and also changing; how to be one thing and also another thing. Using associative reasoning and word games — partly droll, partly earnest — the artists find strategies to coordinate the overlapping tensions that arise from these questions and their implications. If buoyancy, then gravity. If overtness, then indirection. If longing, then failure. These diverging elements both harmonize and compete with each other, and never resolve.

As the objects advance toward their expression as artworks, the energy generated by the varying qualities of formal and narrative tension is symbolically transmuted into architectural potential and manifested as sculpture. Each work in Sculpture from the Block represents a feat of coordinated pluralism, converging on a moment of balance. Once channeled into a state of complex stillness, the multiple tensions of the works continue to be activated by their own internal conversations, ultimately evolving toward a stable paradigm of fluidity.

— Mark Mann

 

Andrew Taggart and Chloe Lewis have worked together within the framework of the artist duo Lewis & Taggart since 2006. In 2010, they received a unique collaborative MFA from the Bergen Academy of Art and Design, Norway, and their work has since been exhibited at venues such as Hamburger Bahnhof, Berlin; Syntax, Lisbon; The Drawing Centre, Oslo; Entrée, Bergen; ISCP, New York City; The Centre for Contemporary Art, Warsaw; and Kunstverein Leipzig, Germany. They have been granted numerous awards and residencies, including the 2016 Canada Council for the Arts Künstlerhaus Bethanien International Artist Residency in Berlin. In parallel to their studio practice, Lewis & Taggart operate The Museum of Longing and Failure (MOLAF), a collecting entity that takes shape through ongoing sculptural conversations with fellow artists and collectives.

The artists would like to thank Natacha Chamko, Yan Giguère, and Peter King.