JASMINA CIBIC @ dhc

Jasmina Cibic, Nada: Act II (extrait de production), 2017, vidéo HD. Photo: Pete Moss
Jasmina Cibic, Nada: Act II (extrait de production), 2017. Photo: Pete Moss

« Everything That You Desire and Nothing That You Fear »
25 octobre — 3 mars | October 25 — March 3
Vernissage 24 octobre 17h30 | October 24, 5:30PM
dhc-art.org

L’été dernier, Montréal célébrait le 50e anniversaire d’Expo 67, un événement majeur qui à l’époque a placé la ville à l’avant-plan de la scène internationale. Le tout récent projet de Jasmina Cibic — créé spécialement pour les espaces d’exposition de la Fondation et le contexte montréalais — consiste en une installation immersive portant sur la construction de la culture nationale et sur son instrumentalisation à des fins politiques dans le cadre des expositions universelles au 20e siècle. Le titre de l’exposition, Everything That You Desire and Nothing That You Fear, s’inspire des discussions et des ententes de nature politique conclues au cours de la planification d’Expo 67 concernant ce que chaque pays devait présenter au public international.

Expo 67 est la dernière exposition universelle où l’ex-Yougoslavie a présenté un pavillon avant sa dissolution dans les années 1990 — la dernière des quatre grandes expositions universelles à caractère politique à laquelle le pays a participé, chaque fois sous un nom différent: Barcelone en 1929, Paris en 1937, Bruxelles en 1958 et Montréal en 1967.

Le changement de nom de la Yougoslavie — et finalement sa disparition — devient le point de vue qu’adopte Cibic pour examiner les transformations esthétiques en art et en architecture en tant que « force de persuasion » (soft power) et stratégies politiques utilisées pour projeter une image de domination suprême sur la scène internationale. Comment les intérêts et la rhétorique d’un État déployés dans les arts et l’architecture peuvent-ils façonner la perception publique d’un lieu? Comment les gouvernements instrumentalisent-ils la culture pour former l’identité et la représentation nationale? La démarche de Cibic repose sur la recherche dans les archives et la collaboration avec divers spécialistes, ce qui lui permet de créer de somptueuses œuvres dans l’esprit du Gesamtkunstwerk (concept d’œuvre d’art total) qui allient les qualités particulières de l’installation, de la sculpture, de la photographie, de la performance et du cinéma. L’effet d’ensemble captive le spectateur et révèle les construits élaborés et mis en oeuvre par les gouvernements afin d’exercer un contrôle hégémonique.

Cibic propose une approche conceptuelle des deux bâtiments très différents de la Fondation afin d’établir des comparaisons et souligner des tensions entre les structures publiques sanctionnées par l’État (lesquelles sont souvent inaccessibles) et l’espace privé de la maison, où la machine fantomatique de la politique de l’État s’infiltre. Le bâtiment de quatre étages situé au 451 de la rue Saint-Jean sera réinventé sous la forme d’une résidence occupée par un collectionneur anonyme ayant assemblé des artéfacts imaginaires présentés dans le pavillon yougoslave lors des quatre participations du pays à des expositions universelles. Tirant profit de l’intimité de l’espace, l’artiste revêtira chaque salle d’un rideau « regorgeant d’ornements » — un collage de clichés assemblés par Cibic montrant des œuvres majeures qui ont représenté la Yougoslavie dans le cadre des Expositions universelles. Des sculptures, des photographies et des kilims (tapisseries de basse lisse) évoquant également des architectures et des designs créés pour ces pavillons se trouveront également dans ces espaces transformés en sortes de boudoirs, ce qui mettra en lumière la perméabilité politique dans l’espace privé. Au quatrième étage sera diffusé un tout récent film de l’artiste traitant de la disparition d’un État (nation). Réalisé spécialement pour l’exposition, le film s’interroge sur les vestiges scénographiques et sur le contexte politique laissés en place après la disparition d’un pays — une esthétique et un langage architectural nettement définis qui finissent par perdre leur commanditaire. Cibic présente le pavillon yougoslave d’Expo 67 comme un dispositif illusionniste, où on assiste à la disparition d’une magicienne incarnant l’État-nation. L’allégorie permet à l’artiste d’explorer plus en profondeur le lien poétique entre la gouvernance et l’entretien de l’illusion.

Au 465 de la rue Saint-Jean, dont le vaste espace contraste avec les salles intimes du premier bâtiment, sera présentée la plus récente trilogie filmique de Cibic, intitulée Nada (qui signifie espoir en croate), où l’artiste examine l’architecture, la musique et les danses créées au service de la représentation nationale à divers moments importants des crises d’identité européennes. Ces films s’inscrivent dans une installation immersive qui matérialise leurs éléments scénographiques et accessoires dans l’espace physique de la galerie. Figurera également dans cet espace une installation performative montrant un paysage monochrome constitué de clichés captés par des photographes de l’État yougoslave lors des missions diplomatiques du président Tito. Dans ce paysage imaginaire, qui représente les territoires des États appartenant au Mouvement des pays non alignés, apparaissent diverses structures architecturales en construction, décrites par Cibic comme des « chefs-d’œuvre destinés à servir à la création d’une mémoire de l’État multinational en devenir ». La murale affichera également des déclarations politiques tirées des transcriptions de discussions entre les politiciens yougoslaves et les architectes employés par l’État. Dans le cadre du volet performatif de l’œuvre, des femmes artistes inscriront des slogans sur la murale avec des feuilles d’or tout en les déclamant. Ce faisant, elles conféreront une présence concrète à la voix féminine, qui fait par ailleurs défaut dans la construction du spectacle patriarcal.

Dans ses œuvres, Cibic fait appel à plusieurs stratégies telles que la scénarisation, l’interprétation et la reconstitution afin de tisser des liens entre l’«art de gouverner» et celui de la mise en scène. Sa lecture féministe et critique des intrications complexes de l’art, du genre et du pouvoir étatique incite le spectateur à réfléchir aux stratégies employées dans la construction de la culture nationale. La proposition de Cibic est particulièrement pertinente dans le contexte actuel, alors que la ferveur nationaliste croît partout dans le monde, et elle résonne d’autant plus dans la nation canadienne, où le sentiment d’identité nationale est en constante évolution.

La trilogie filmique Nada est une commande de la ville d’Aarhus, capitale européenne de la culture 2017, du BALTIC Centre for Contemporary Art à Gateshead et du Kunstmuseen de Krefeld. Elle a été réalisée grâce au soutien du Musée d’art contemporain de Zagreb, du Conseil des arts d’Angleterre, de la Northern Film School de l’Université Leeds Beckett et des Waddington Studios à Londres.

Everything That You Desire and Nothing That You Fear bénéficie de l’appui de la Fondation Graham pour les études supérieures en arts visuels.

 

Jasmina Cibic est née en 1979 à Ljubljana, en Slovénie. Elle a effectué des études à l’Accademia di Bella Arti de Venise et a complété une maîtrise en arts visuels au Goldsmiths College en 2006. En 2013, elle représentait la Slovénie à la Biennale de Venise avec son projet For Our Economy and Culture. Elle a récemment présenté des expositions individuelles au Centre d’art contemporain BALTIC à Gateshead, au Museum Haus Esters à Krefeld, à Aarhus 2017, à la Fondation Esker à Calgary, au MSU à Zagreb, au MOCA à Belgrade, au MSUV à Novi Sad, au MGLC à Ljubljana et au Ludwig Museum à Budapest. Elle a également participé à des expositions collectives au MoMA, à CCS BARD, au MUMA, au Musée du Guangdong en Chine, à Ambika P3 à Londres, au Musée Pera à Istanbul, à La Panacée à Montpellier, à la City Gallery Wellington en Nouvelle-Zélande, au MSUM à Ljubljana et au MNHA au Luxembourg. Ses films ont été projetés dans le cadre de divers événements, dont SALT à Istanbul, le Festival du film de Pula, HKW à Berlin, au Centre d’art contemporain Laznia à Gdansk, aux Rencontres internationales à Paris, au Dokfest à Kassel et au Festival international du documentaire de Copenhague. En 2016, Cibic a remporté le MAC International Ulster Bank Award et le Charlottenborg Fonden Award. En 2018, elle était en lice pour le Film London Jarman Award.

Last summer, Montreal celebrated the 50th anniversary of Expo 67, a monumental event that put the city at the centre of the international stage. Jasmina Cibic’s latest project — created expressly for the Foundation’s exhibition spaces and the Montreal milieu — is an immersive installation that explores the production of national culture and its instrumentalization for political aims in the context of 20th Century World Expositions. The exhibition’s title, Everything That You Desire and Nothing That You Fear, is drawn from political discussions and agreements in the planning stages of Expo 67 about what each country should show to the international audience.

Expo 67 was also the last international exhibition at which the former Yugoslavia had a pavilion prior to its dissolution in the 1990s — its final act of staging where the country presented, each time under a different name, at four political blockbuster World Expositions: 1929 Barcelona, 1937 Paris, 1958 Brussels, and 1967 Montreal.

Yugoslavia’s renaming — and finally its disappearance — becomes a lens through which Cibic studies the aesthetic permutations within art and architecture as “soft power” and statecraft strategies used to achieve the ultimate display of dominance for international audiences. How are a state’s interests and rhetoric deployed through art and architecture to shape public perception of a place? How do governments instrumentalize culture for the formation of national identity and representation? Cibic’s artistic methodology involves archival research and collaboration with a variety of specialists, through which she creates sumptuous Gesamtkunstwerks (total works of art) that combine the potencies of installation, sculpture, photography, performance and film. The overall effect simultaneously captivates the visitor and reveals constructs that are fashioned and implemented by governments for hegemonic control.

Cibic will make conceptual use of the Foundation’s two very different buildings to draw comparisons and underscore tensions between the spaces of state-sanctioned public structures (which are often inaccessible) and the private space of the home where the ghost-like machine of state politics permeates. The four-storey building at 451 Saint-Jean will be re-imagined as the residential dwelling of an unnamed collector who has assembled imagined artefacts from the four Yugoslav Expo pavilions. Making use of the intimacy of the spaces, each gallery will be draped in a curtain populated by an “ornamental rash” — a collage of images Cibic assembles from key artworks that were assigned the role of Yugoslav national representatives in the context of the World Expositions. Sculpture, photography and kilims (flat woven textiles) that also reference architectural and design works created for these pavilions will also be found within each of these boudoir-like spaces, highlighting political permeability into private space. On the fourth floor, a new film focuses on the disappearing act of a (nation) state. Produced specifically for this exhibition, the film questions the leftover scenographic debris and the political backdrop left behind after a country’s disappearance — the clearly formed aesthetic and architectural language that ultimately loses its client, the nation state. Cibic shows a recreated model of the Yugoslav pavilion for Expo 67 as an illusionist device where a female magician becomes an allegory for a nation state depicted through the disappearing female body. This allows the artist to further investigate the poetic connection between statecraft and the fostering of illusion.

For the contrasting, expansive, gallery spaces at 465 Saint-Jean, Cibic will present Nada (“hope” in Croatian), her most recent film trilogy that examines the architecture, music and dance created in the service of national representation at decisive moments of European identity crises. The films are presented within an immersive installation that expands their scenography and props into the physical space of the galleries. The artist will also present a performative installation that features a monochromatic landscape composed of images taken by Yugoslav state photographers following President Tito on his diplomatic missions. This fictitious landscape, which depicts the territories of member states belonging to the Non-Aligned Movement, is inhabited by various architectural structures in their building phase, described by Cibic as “masterpieces that were to serve the creation of memory of the multination state in its becoming.” The mural will also bear political statements drawn from transcripts of discussions between Yugoslav politicians and the architects employed by the state. As part of the performative aspect, a group of women artists will be gilding a selection of these slogans onto the mural and calling them out, ascribing bodily presence to the otherwise lacking female voice in the construction of the patriarchal spectacle.

Within her works, Cibic brings together a range of strategies including scripting, enacting and re-enacting to draw connections between ‘statecraft’ and stagecraft. Through a critical, feminist unpacking of the complex entanglements of art, gender and state power, the artist encourages viewers to consider the strategies employed in the construction of national culture. Cibic’s proposal is especially pertinent in our current situation of increasing nationalist fervour around the world, and poignantly resonant in the Canadian context where a sense of national identity is in constant flux.

The Nada film trilogy was co-commissioned by European Capital of Culture Aarhus 2017, BALTIC Centre for Contemporary Art in Gateshead and the Kunstmuseen Krefeld, and supported by MSU Zagreb, Arts Council England, Northern Film School at Leeds Beckett University and Waddington Studios London.

Everything That You Desire and Nothing That You Fear is supported by the Graham Foundation for Advanced Studies in the Fine Arts.

 

Jasmina Cibic was born in Ljubljana, Slovenia in 1979. She studied at the Accademia di Bella Arti in Venice and completed an MFA at Goldsmiths in 2006. In 2013 Cibic represented Slovenia at the Venice Biennial with her project For Our Economy and Culture. Her recent exhibitions include solo shows at BALTIC Gateshead, Museum Haus Esters Krefeld, Aarhus 2017, Esker Foundation Calgary, MSU Zagreb, MOCA Belgrade, MSUV Novi Sad, MGLC Ljubljana, and Ludwig Museum Budapest. She has also taken part in group exhibitions at MoMA, CCS BARD, MUMA, Guangdong Museum of Art China, Ambika P3 London, Pera Museum Istanbul, La Panacée Montpellier, City Gallery Wellington, MSUM Ljubljana, and MNHA Luxembourg. Cibic’s films have been screened at SALT Istanbul, Pula Film Festival, HKW Berlin, CCA Laznia, Les Rencontres Internationales Paris, Dokfest Kassel, and Copenhagen International Documentary Festival. In 2016 Cibic was the winner of the MAC International Ulster Bank and Charlottenborg Fonden awards, and in 2018 she was shortlisted for the Film London Jarman Award.