STÉPHANE LA RUE @ bellemare lambert

Stéphane La Rue, Sols Inapparents (Galleria dell’Accademia), 2018, impression au jet d'encre sur papie, 130 x 91.5 cm
Stéphane La Rue, Sols Inapparents (Galleria dell’Accademia), 2018

« Sols inapparents et autres simulacres »
13 octobre — 17 novembre | October 13 — November 17
bellemarelambert.com

Présenter simultanément à la galerie ses derniers tableaux et ses premières photographies tenait de l’évidence : les deux démarches partent d’une même réflexion sur l’art et ses représentations, aussi sur l’illusion de leur portée.

La série Sols inapparents résulte d’un séjour de 6 mois à Rome. Peintre dessinateur non photographe, La Rue s’y impose la caméra comme seul outil de travail, s’astreint à regarder autrement son nouvel environnement.

« A côtoyer églises et basiliques, les planchers de marbre ont accaparé mon attention. Mes premiers clichés révélaient surtout leur aspect décoratif mais pour étudier ces planchers, j’ai dû les regarder de près et en détail, j’ai pris des libertés dans leurs captions, les angles de point de vue de la caméra reliés aux motifs géométriques des planchers m’amenaient à voir l’espace comme une perspective, un plan illusionniste. Rainures, transparences, couleurs, motifs géométriques, toutes anomalies créées par l’usure du temps, contribuaient à construire mes images. L’intention ne visait plus un répertoire, les planchers mêmes devenaient les matrices de mes explorations. »

Le titre du corpus, Sols inapparents, emprunté au poète Gilles Cyr, s’est imposé, vu notre angle d’insouciance au regard des planchers d’églises et basiliques qui par leur séduction architecturale, sculpturale et décorative, tirent l’œil vers le haut !

L’exploration formelle des planchers romains évoque des questions récurrentes : la trame du bois des tableaux de La Rue appelle les veines et textures du marbre des planchers, s’y recoupent également les motifs géométriques et les délimitations entre espace, surface et volumes. Comme dans son travail pictural, les liaisons reconnues de la matérialité et l’attention aux formes/plans dominent. La photographie, intrinsèquement de l’ordre de l’illusion stimule à revoir la réalité du tableau comme objet.

« Je réfléchis sur l’impossibilité de la représentation, Pourtant, ces images, tout en représentant des planchers, nous transportent dans un espace étrange. Je questionne le passage (ou plutôt les possibles allers-retours) entre photographie et peinture, le besoin de contacter la matière malgré l’utilisation d’outil technologique. »

Ce corpus d’après le séjour à Rome révèle son important pivot d’exploration, renouvelant le langage pictural par le biais de la photographie qui, cette fois-ci, touche radicalement l’espace illusionniste.

Confirmant sa démarche, cette autre voie intégrée à son langage formel témoigne d’une largeur de vue accrue à saisir les sujets, formes et matériaux. Ce projet photographique parle toujours de peinture, mais d’une peinture qui, en redécouvrant le monde, le saisit et le présente autrement.

The gallery is presenting simultaneously Stéphane La Rue’s last paintings and his first photographs. The two approaches start from the same reflection on art and its representations.

The series titled “Sols inapparents” results from a 6-month stay in Rome. Painter and non-photographer, La Rue disciplines himself with the camera, treating it as his only working tool. He compels himself to look differently at his new environment.

“While visiting churches and basilicas, I became entranced by the marble floors. My initial photographs were particularly concerned with their decorative aspect but to study these floors, I had to look at them closely and in detail. I looked at them through the lens of the camera from every possible point of view. The geometric patterns of the floors brought me to see space as perspective, an illusionist plan. Grooves, transparencies, colours, geometric patterns, all the anomalies created by the wear of time, helped to build my images. My intention no longer was to build a repertory. The floors themselves became the matrices of my explorations.”

The title of the corpus,“Sols inapparents”(Unseen Ground), borrowed from the poet Gilles Cyr, draws our attention toward the fact that our gaze on the floors of churches and basilicas is habitually a careless gaze which is met by seductive architectural and decorative surfaces forcing us to us look up!

Formal exploration of the Roman floors recalls recurring themes in the artist’s work. The wood frames of the paintings of La Rue reminds us of the veins and textures of marble floors, intersecting with geometric patterns and boundaries between space, surface and volumes. As in his pictorial work, the recognized connections of materiality and attention to forms and to planes, dominate. Photography, intrinsically of the order of illusion, makes us want to review, that is, to re-see, the meaning of La Rue’s painting as object.

“I reflect on the impossibility of representation. Yet these images, while representing floors, transport us to a strange space. I question the passage (or rather the possible back and forth) between photography and painting, the need to contact the material despite the use of technological tools.”

This series, based upon a stay in Rome, reveals itself to be an important locus of exploration. It renews La Rue’s pictorial language through photography by radically investigating illusionist space.

Confirming La Rue’s process, this new path integrates perfectly into his chosen formal language and gives added depth to his handling of subjects, shapes and materials. La Rue’s photographic project always refers to painting, but to painting which, by rediscovering the world, takes it in hand and reinvents it.