JUSTIN STEPHENS @ laroche joncas

Justin Stephens, Collected Poems, 2018, acrylique, encre, canevas, plâtre et orge sur toile, 56 x 41 cm
Justin Stephens, Collected Poems, 2018

« We Sell Springs »
12 octobre — 10 novembre | October 12 — November 10
larochejoncas.com

Après une explosion blanche, les lignes tombent verticalement, certaines en rangées bien droites, d’autres se rétrécissant de manière à devenir des fils qui s’enroulent et s’entrelacent, créant ainsi un sentiment d’urgence. Ces lignes font apparaitre les couleurs des couches sous-jacentes, de petites intervalles bleues, jaunes et vertes. Leur aspect animé et léger contraste avec l’apparence délabrée, on pourrait même dire négligée de la couche supérieure du tableau, un inventaire de grains et textures. Les lignes colorées révèlent la sublime délicatesse du toucher mais elles sont trahies par un glacis qui rappelle les stries d’une poêle à frire mal lavée. Et c’est ce léger film blanc qui prédomine, un lavis habilement essuyé sur la surface de manière à créer un motif. C’est un blanc ridicule selon Justin. Il a l’effet d’un voile, d’une sorte de brouillard rayé qui vient adoucir les gestes vigoureux de manière à créer une unité. Parfois aussi, ce même voile semble nous aveugler. Et, après, encore du blanc sur du blanc: des petits rectangles de toile — comme des cartes de jeux (presque tous sauf peut-être un), sont collés sur ce qui s’apparente à un tourbillon de couleur, un peu comme si on avait tiré « la chasse d’eau » du tableau. Où est-ce plutôt le flot constant d’une cascade; ou la ruée vers le haut d’une crête de vague, ou peut-être même encore les éponges pleines de mousse que l’on voit se promener sur notre pare brise lors d’une visite au lave-auto?

Ce n’est probablement rien de tout cela, car le tableau échappe à ce genre d’analogie: il ondule et vibre certes, mais il reste sagement à l’intérieur du cadre. Il réfère plutôt à d’autres tableau, à d’autres peintres. Je pense d’abord à Dieter Roth, et aussi à Jean Fautrier. C’est un peu comme si Justin était retourné à l’atelier, après une énorme hausse de loyer, et qu’il ne lui restait que quelques items : un paquet de petits bâtons de bois, des petits bouts de toile oubliés ici et là, un vieux tube de peinture blanche et le contenu d’un porte-poussière. (Ce n’est peut-être pas seulement une métaphore…) Avec guère de ressources, il réussit à « mettre l’emphase sur la maîtrise et l’énergie » comme le dirait Thom Gunn. Réduit de la sorte, en peignant avec des moyens limités, Justin pourrait facilement raconter et peaufiner une oeuvre de fiction, mais il reste vague et un peu maladroit par choix, et vit très bien avec le fait de laisser une image incomplète. En préférant la saleté et en privilégiant les textures pour composer avec audace, Justin accorde du mérite au manque de moyens, fige la nonchalance, et laisse ce qui reste éblouir et fasciner.

Dans ces tableaux épurés, la représentation picturale est à la fois sordide et des plus électrisante.

— Andrew Kerr (traduction de Marie-Michelle Deschamps)

 

Le travail de Justin Stephens fait partie de la collection du Musée d’art Contemporain de Montréal (MAC), de la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi dans plusieurs collections privées au Royaume-Uni et au Canada. Il détient un maîtrise de la Glasgow School of Art en Écosse (2012) où il vit et travaille.

After the white blast, lines fall vertically; some in straight rows, others narrowing to threads that coil and entwine, whipping up an urgency. These lines are the colour showing through from earlier layers. They are thin gaps leading to blue, yellow and green. They have a lively, weightless quality at odds with the scruffy, you could say, neglected top coat of the painting. This top coat abounds with texture, a catalogue of grain. The lines reveal an exquisite delicacy of touch, betrayed by a covering like an unwashed frying pan. But it is a film of thin white that predominates; an all-over wash that’s been skilfully mopped through with a flourish. It is a ludicrous white, according to Justin. It has the effect of a veil, a scratchy mist to mellow vigorous gestures and bring unity. At other times it appears to be blinding. And then white upon more white: small rectangles of canvas, like dealt cards (at least one is an impostor), are stuck on in a loose circle, spinning in the great toilet flush of the painting. Or is it the mad tumble of a waterfall crashing; or the upward rush of a cresting wave; or, possibly, at the car wash, as loaded sponges press and swiftly glide across the windscreen glass?

It is none of these, because the painting is fixed to resist that kind of analogy; it ripples and pulses, but remains strictly within its edges. Instead, it speaks to other paintings and painters. Dieter Roth is first in my mind, quickly followed by Jean Fautrier. As if the studio and contents have been repossessed, after a malicious rent hike, Justin is now down to his last items: a bundle of sticks, dishevelled lengths of forgotten canvas, a tub of crusty white paint and the sweepings in the dust-pan. (Perhaps not only a metaphor.) With this paucity of resources he acts ‘keeping rule and energy in view’, as Thom Gunn would say. When it’s depleted like that, painting on rations, Justin could polish and spin a fiction; but, no, he retains the sparse and awkward as if a duty. He can live with leaving a picture unfilled. To prefer dirt, to specialise in texture and fibrous energy, to daringly compose; Justin makes a virtue of lack, fixates neglect, and sets what little remains aglow.

In these sparely furnished paintings pictorial theatre is at its grubbiest and most electrifying.

— Andrew Kerr

 

Justin Stephens’ work is in the collection of the Musée d’art contemporain, Montréal, (MAC) as well as in the collection of the Caisse de dépôt et placements du Québec, and in private collections in the UK and Canada. He holds an MFA from the Glasgow School of Art in Scotland (2012) where he currently lives and works.