MARYSE LARIVIÈRE @ optica

Maryse Larivière, Under the Cave of Winds, 2017. Vue de l'exposition, médium mixte et film 16mm avec son, 4 min 3 sec.
Maryse Larivière, Under the Cave of Winds, 2017

« Under the Cave of Winds »
7 septembre — 20 octobre | September 7 — October 20
optica.ca

Dans ses textes poétiques et ses essais, souvent de nature autofictionnelle, Maryse Larivière met en procès sa propre voix en dépassant les oppositions entre une expérience vécue de l’affect et la construction symbolique de la différence sexuelle. Sous le couvert de la recherche en histoire de l’art, elle produit également des analyses de pratiques artistiques des années 1970 (Joyce Wieland, entre autres) qui ont été contemporaines de l’émergence du concept de venue à l’écriture féminine au sein du champ littéraire. Une composante de l’installation Under the Cave of Winds, à OPTICA, son roman épistolaire Orgazing, poursuit cette démarche consistant à assembler des fragments référentiels en mêlant les registres stylistiques (poésie, théorie, autobiographie). L’action est campée sur l’Ile de Staffa, en Écosse. Depuis sa cellule, au sommet de la caverne de Fingal, la narratrice écrit des lettres à son amant, et tisse un discours amoureux situant la jouissance sonore du langage au-devant de la reconnaissance de son désir par l’« autre ». En tant que lecteur, nous prenons la place de ce sujet hypothétique — en principe masculin — auquel s’adresse l’auteur, tout en restant un tiers, hors de la relation transférentielle. L’exposition encourage pourtant des gestes d’effraction dans l’espace littéraire par le truchement d’une « adaptation » volontairement inadéquate du livre. Un film 16 mm monte ainsi bout à bout des fragments narratifs issus de la décomposition de ce « texte source ». L’artiste y joue la figurante de l’auteure captive, en évitant cependant de montrer son visage. On y aperçoit subrepticement le paysage escarpé et l’architecture de la geôle. Suturant en un bloc le dispositif cinématographique, la scène de l’écriture et le lieu dans lequel nous déambulons, les sculptures agissent comme autant de charnières ou de pivots. Certaines d’entre elles sont dotées d’une fonction de dissimulation, par exemple le rocher qui cache le projecteur du film, d’où émane alors seulement un faisceau lumineux, tandis que l’envers de l’écran devient une structure portante pour un perroquet absent. Or, ces balises en apparence immobiles changent aussi de forme pendant notre visite. Dans la parallaxe, leur configuration fait ainsi doublement écho au processus de traduction auquel s’est livré Larivière en composant Orgazing (l’anglais n’est pas sa langue maternelle) et aux mouvements fluides du psychisme du personnage du roman inventant son propre idiome, constitué autant de mots dits que d’air expiré.

— Vincent Bonin

In her poetry and in essays of an often fictionalized autobiographical nature, Maryse Larivière puts her own voice on the line by going beyond oppositions between affective lived experience and the symbolic construction of sexual difference. Under the guise of research in art history, Larivière also produces analyses of artistic practices of the 1970s-among them Joyce Wieland-that were contemporary with the emergence of women’s writing in the literary field. The epistolary novel Orgazing, one component of her installation at OPTICA, Under the Cave of Winds, continues with her own practice of assembling referential fragments in a mix of stylistic modes (poetry, theory, autobiography). The action is set on Staffa Island, Scotland. From her cell at the top of Fingal’s Cave, the narrator writes letters to her lover, weaving an amorous discourse that places the auditory pleasures of language before recognition of one’s desire by the “other.” As readers, we adopt the role of the hypothetical — and apparently male —subject addressed by the author, while remaining a third party, outside the transference relationship. Yet the exhibition encourages transgressive gestures in the literary space by way of an intentionally inadequate “adaptation” of the book. Thus, a 16-mm film strings together narrative fragments drawn from a breakdown of this “source text.” The artist plays the figure of the captive author, though she avoids showing her face, while the craggy landscape and prison architecture make surreptitious appearances. Saturating the cinematic apparatus, the scene of the writing, and the space in which we are strolling, the sculptures act as hinges or pivots. Some have a dissimulative function, like the rock that hides the film projector and thus emits a single beam of light, while the back of the screen becomes a load-bearing structure for an absent parrot. Yet these apparently motionless markers also change shape during our visit. In the parallax, their configuration alludes at once to the translation process Larivière undertook in composing Orgazing (English not being her mother tongue) and to the fluid movements of the character’s psyche as she invents her own language, made up as much of words uttered as of air exhaled.

— Vincent Bonin