SOULÈVEMENTS @ uqam

Anonyme, Sans titre [Émeute au centre informatique, Sir George Williams University, Montréal], 1969. Permission Montreal Gazette
Anonyme, Sans titre [Émeute au centre informatique, Sir George Williams University, Montréal], 1969. Permission Montreal Gazette
« Soulèvements / Uprisings »
7 septembre — 24 novembre | September 7 — November 24
galerie.uqam.ca

Commissaire : Georges Didi-Huberman

 

« Ce qui nous soulève? Ce sont des forces : psychiques, corporelles, sociales. Par elles nous transformons l’immobilité en mouvement, l’accablement en énergie, la soumission en révolte, le renoncement en joie expansive. Les soulèvements adviennent comme des gestes : les bras se lèvent, les cœurs battent plus fort, les corps se déplient, les bouches se délient. Les soulèvements ne vont jamais sans des pensées, qui souvent deviennent des phrases : on réfléchit, on s’exprime, on discute, on chante, on griffonne un message, on compose une affiche, on distribue un tract, on écrit un ouvrage de résistance.

Ce sont aussi des formes grâce auxquelles tout cela va pouvoir apparaitre, se rendre visible dans l’espace public. Ce sont donc des images, auxquelles cette exposition est consacrée. Images de tous temps, depuis Goya jusqu’à aujourd’hui, et de toutes natures : peintures, dessins ou sculptures, films ou photographies, vidéos, installations, documents… Elles dialogueront par-delà les différences d’époques. Elles seront présentées selon un récit où vont se succéder : des éléments déchainés, quand l’énergie du refus soulève l’espace tout entier ; des gestes intenses, quand les corps savent dire « non! » ; des mots exclamés, quand la parole s’insoumet et porte plainte au tribunal de l’histoire ; des conflits embrasés, quand se dressent les barricades et que la violence devient inévitable ; enfin des désirs indestructibles, quand la puissance des soulèvements parvient à survivre au-delà de leur répression ou de leur disparition.

De toutes les façons, chaque fois qu’un mur se dresse, il y aura toujours des « soulevés » pour « faire le mur », c’est-à-dire pour traverser les frontières. Ne serait-ce qu’en imaginant. Comme si inventer des images contribuait — ici modestement, là puissamment — à réinventer nos espoirs politiques. »

Georges Didi-Huberman

 

Soulèvements est une exposition transdisciplinaire sur le thème des émotions collectives, des évènements politiques en tant qu’ils supposent des mouvements de foules en lutte : il sera donc question de désordres sociaux, d’agitations politiques, d’insoumissions, d’insurrections, de révoltes, de révolutions, de vacarmes, d’émeutes, de bouleversements en tous genres. Afin d’ancrer le projet dans le contexte historique et politique canadien, la version montréalaise de l’exposition sera bonifiée d’archives, de photos de presse et d’œuvres contemporaines d’artistes québécois et canadiens.

Soulèvements présente une interrogation sur la représentation des peuples, au double sens — esthétique et politique — du mot « représentation ». L’exposition se fonde sur un travail historique et théorique que l’important historien de l’art Georges Didi-Huberman tente de mener depuis quelques années, notamment à travers une série d’ouvrages intitulés L’œil de l’histoire, dont les derniers affrontent la question de l’« exposition des peuples » ainsi que de l’émotion en tant qu’elle serait à ne pas exclure d’une anthropologie politique. La figure du soulèvement sera déclinée à travers divers médiums : manuscrits d’écrivains, peintures, dessins, gravures, photographies, films.

L’exposition Soulèvements est organisée par le Jeu de Paume, Paris, et réalisée par la Galerie de l’UQAM en collaboration avec la Cinémathèque québécoise pour la présentation à Montréal, et avec la participation du Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelone, MUNTREF — Museo de la Universidad Nacional de Tres de Febrero, Buenos Aires, SESC São Paulo, MUAC — Museo Universitario Arte Contemporáneo — UNAM, Mexico.

Curator: Georges Didi-Huberman

 

« What makes us rise up? It is forces: mental, physical, and social forces. Through these forces we transform immobility into movement, burden into energy, submission into revolt, renunciation into expansive joy. Uprisings occur as gestures: arms rise up, hearts beat more strongly, bodies unfold, mouths are unbound. Uprisings are never without thoughts, which often become sentences: we think, express ourselves, discuss, sing, scribble a message, create a poster, distribute a tract, or write a work of resistance.

It is also forms: forms through which all of this will be able to appear and become visible in the public space. Images, therefore; images to which this exhibition is devoted. Images of all times, from Goya to today, and of all kinds: paintings, drawings, sculptures, films, photographs, videos, installations, documents, etc. They interact in dialogue beyond the differences of their times. They are presented according to a narrative in which there will appear, in succession, unleashed elements, when the energy of the refusal makes an entire space rise up; intense gestures, when bodies can say “No!”; exclaimed words, when speech rebels and files a complaint with the court of history; flared-up conflicts, when barricades are erected and when violence becomes inevitable; and indestructible desires, when the power of uprisings manages to survive beyond their repression or their disappearance.

In any case, whenever a wall is erected, there will always be “people arisen” to “jump the wall,” that is, to cross over borders. If only by imagining. As though inventing images contributed — a little here, powerfully there—to reinventing our political hopes. »

Georges Didi-Huberman

 

Uprisings is a cross-disciplinary exhibition on the theme of collective emotions and also political events where they involve crowds of people in revolt. It will be about social disorder, political agitation, uprisings, rebellions, revolts, revolutions, racket and riots — disturbances of all kinds. In order to anchor the project in the Canadian historical and political context, the Montréal version of the exhibition will be enhanced with archives, press photos and contemporary works by Quebec and Canadian artists.

Uprisings interrogates the notion of the representation of the peoples in both the aesthetic and the political senses of the word « representation ». The exhibition is based on theoretical and historiographical work carried out by Georges Didi-Huberman over a number of years, notably in a series of books entitled L’œil de l’histoire [The Eye of History], the later volumes of which deal with the question of « peoples on display », and with emotion — given that emotion needs to be included in a work of political anthropology. The notion of uprising will be dealt with through various media: writers’ manuscripts, paintings, drawings, engravings, photographs, and films.

The exhibition Uprisings is organized by Jeu de Paume, Paris, and realized by Galerie de l’UQAM in collaboration with Cinémathèque québécoise for the presentation in Montréal, and with the participation of Museu Nacional d’Art de Catalunya, Barcelona, MUNTREF — Museo de la Universidad Nacional de Tres de Febrero, Buenos Aires, SESC São Paulo, MUAC — Museo Universitario Arte Contemporáneo — UNAM, Mexico City.