SHANA MOULTON @ clark

Shana Moulton
Shana Moulton

« Whispering Pines »
7 septembre — 13 octobre | September 7 — October 13
Vernissage 7 sept 17h | Sept 7, 5PM

centreclark.com

En 2002, Shana Moulton crée son alter ego et avatar, Cynthia, la protagoniste hypocondriaque et agoraphobe d’une série de vidéos et de performances en continue de l’artiste intitulée Whispering Pines. Portant le nom de la communauté de maisons mobiles où elle a grandi, près de Yosemite National Park, Whispering Pines utilise le paysage naturel spectaculaire de la Californie comme toile de fond afin de dramatiser la routine et les rituels quotidiens de Cynthia dans sa recherche de sens d’accomplissement, de santé et de bonheur.

Réalisée en quasi-solitude, la quête de Cynthia pour une harmonie parfaite entre elle-même, sa demeure et son environnement immédiat évoque les fantasmes de liberté de la contreculture hippie, tout en reflétant combien l’utopisme des années 1960 et 1970 a dégénéré en diverses formes de charlatanisme et de consumérisme. À l’écart de la société, portant une série de vêtements d’intérieur inélégants, mais confortables, et entourée de cristaux, de lampes de sel, de tapis de yoga, de ballons d’exercice, et d’objets d’art nouvel âge, Cynthia s’adonne à la décoration intérieure, au développement personnel, et à la thérapie cosmétique, tandis que le montage vidéo kaléidoscopique la fait léviter et la transporte à travers de multiples dimensions.

À la fois sympathique et satirique, Whispering Pines maintient un équilibre entre l’ironie et la sincérité, entre le kitsch et la nostalgie. En s’appuyant sur des liens inattendus entre l’esthétique avant-gardiste et ses variantes vernaculaires (musique de synthétiseur minimaliste et trame sonore de spa, effets spéciaux des premières vidéos d’art et cassettes de programmes d’exercices), Moulton conçoit des situations comiques, contemplatives, et surréalistes. Bien que ces rencontres entre la spiritualité, la culture pop et le consumérisme paraissent éclatées et farfelues, chaque performance en direct et chaque épisode vidéo sont imprégnés de thèmes plus sombres comme la fuite, l’incertitude et l’isolement. Souvent, les voyages dans le subconscient de Cynthia ne font que produire encore plus de crises personnelles, canalisant les névroses et la désincarnation d’un monde technologiquement augmenté et post-spirituel.

Moulton fait partie de cette génération d’artistes — incluant Cory Arcangel, Paper Rad, et Ryan Trecartin – qui s’intéresse à une exploration maximaliste des débris culturels du passé proche. Toutefois, contrairement à la propension d’Arcangel et de Paper Rad pour les documents éphémères des sous-cultures juvéniles et à l’obsession de Trecartin pour le langage de la télé-réalité, les références de Moulton penchent du côté de vestiges associés à la nature et aux personnes âgées. Souvent maladroit, malaisant et psychédélique, Whispering Pines demeure néanmoins plus bucolique qu’impétueux.

Ce corpus d’œuvres inclut maintenant des installations vidéo et des performances interactives multimédias, souvent produites en collaboration avec d’autres artistes, écrivains et compositeurs. Whispering Pines 10, la suite longuement attendue de l’illustre série vidéo, est un opéra multiplateforme créé avec le compositeur Nick Hallett (paraissant dans les vidéos avec les chanteuses Daisy Press et Katie Eastburn) qui se déploie en itérations variables entre la scène, le musée et l’écran portable. Dans l’opéra en direct, Moulton interagit avec des éléments vidéo à travers des mouvements chorégraphiés et des technologies de mappage corporel sensible au mouvement, et est accompagnée par la partition et le livret originaux de Hallett. La portion vidéo est adaptée de cet opéra, développé à The Kitchen, Harvestworks et au New Museum, et a fait l’objet d’une tournée de musées d’art et de festivals de performance à travers les États-Unis. Phase I, la première séquence de vidéos, a récemment été présentée à New York. Pour l’exposition de Moulton à CLARK, son premier solo au Québec, toutes les parties de Whispering Pines 10 — incluant les nouveaux épisodes — seront présentées sous forme d’une vidéo multicanal projetée sur une installation sculpturale.

— Saelan Twerdy (traduit par Simon M. Benedict)

In 2002, Shana Moulton created her alter-ego and avatar, Cynthia, the hypochondriac and agoraphobic protagonist of Moulton’s ongoing video and performance series, Whispering Pines. Named for the mobile home community where she grew up near Yosemite National Park, Whispering Pines employs the spectacular natural landscape of California as a backdrop to dramatize the daily rituals and routine that comprise Cynthia’s search for purpose and fulfillment, health and happiness.

Enacted in virtual solitude, Cynthia’s quest for a harmonious union with her home and immediate environment invokes the West Coast hippie counterculture’s fantasies of total liberation while gesturing to the degeneration of 1960s and 70s utopianism into quackery and consumerism. Sheltered from society, clad in an endless series of frumpy-yet-cozy loungewear ensembles, and surrounded by crystals, salt lamps, yoga mats, exercise balls, and New Age objets d’art, Cynthia experiments with home décor, self-help, and cosmetic therapy while kaleidoscopic video editing levitates and transports her through multiple dimensions.

Both sympathetic and satiric, Whispering Pines walks a fine line between irony and sincerity, kitsch and nostalgia. Often playing off unexpected connections between avant-garde aesthetics and their vernacular variants (Minimalist synthesizer compositions and spa soundtracks, early video art special effects and instructional exercise programs), Moulton sketches situations that are comic, contemplative, and surreal. While these collision of spirituality, pop culture and consumerism appear vibrant and whimsical, darker themes of escapism, uncertainty and isolation pervade each video episode and live performance. Journeys into Cynthia’s subconscious often yield only more personal crisis, channeling the neuroses and disembodiment of the technology-enhanced, post-spiritual world.

Moulton is part of a generation of artists — including Cory Arcangel, Paper Rad, and Ryan Trecartin – drawn to a maximalistic exploration of the recent past’s cultural detritus. Unlike Arcangel and Paper Rad’s youth subculture ephemera and Trecartin’s obsession with the language of reality-TV celebrity, however, Moulton’s references skew towards artifacts associated with nature and the elderly. Whispering Pines, while often awkward, uncomfortable, and psychedelic, is more bucolic than brash.

This body of work has come to incorporate video installation and interactive, multimedia-performance, often in collaboration with other artists, authors and composers. Whispering Pines 10, the long-awaited continuation of the celebrated video series, is a cross-platform opera created with composer Nick Hallett (who appears in the videos, along with vocalists Daisy Press and Katie Eastburn) that exists in varying iterations between the stage, the museum and the handheld screen. In the live opera, Moulton interacts with video through choreographed movement and motion-sensitive, body-mapping technology, accompanied by Hallett’s original musical score and libretto. The video portion is adapted from this opera, which was developed at The Kitchen, Harvestworks, and the New Museum, and subsequently toured art museums and performance festivals across the US. Phase I, its first sequence of videos, was recently presented in New York. For this exhibition at Centre CLARK, her first solo show in Quebec, all the episodes of Whispering Pines 10 — including new instalments — will be presented as a multi-channel video projection on a sculptural installation.

— Saelan Twerdy