JULIE OUELLET @ frontenac

JULIE_OUELLET

« Se contraindre à se perdre »
14 juin — 26 août | June 14 — August 26
Vernissage 14 juin 17h | June 14, 5PM
ville.montreal.qc.ca

Dans la visée de « désorienter » la main qui trace — l’acte de dessiner — l’artiste s’impose un modèle : la nature sauvage de l’île Carillon, vue depuis une grange abandonnée. Possédant une grande ouverture produite par une paroi écroulée, de l’intérieur du bâtiment, la forêt devient perceptible comme un tableau.

Une fois toutes les saisons, Julie Ouellet visite cet endroit et capture, avec son appareil photographique, les variations de ce paysage éphémère. De ces images photographiques advient une première série de dessins dont l’élaboration est dictée par des gestes contraints. À coup de traits continus, écourtés, tramés, à force de carrés, de triangles, de « x », d’astérisques, de trous ou de points, l’espace du papier se remplit. L’idée est d’éviter le confort dans l’action. S’inscrivant dans la durée, ce travail de dessin réfère aux notions de temps, d’engagement, de constance et de résilience
du geste.

Une deuxième série de dessins in situ est réalisée à partir de ce même lieu. Dans le cadre improvisé de la grange, Julie Ouellet y installe une pellicule transparente sur laquelle elle entreprend de calquer,avec un feutre, le paysage qui se trouve à l’arrière. Avec le vent, le mouvement, les variations de lumière, dans l’instabilité, la main cherche à relever tant bien que mal tout ce que l’œil perçoit au-delà de la paroi transparente. Obligeant un ajustement perpétuel de la main, cet acte de calquer la nature « en vrai » à même les conditions troubles du lieu s’avère le plus souvent une réalisation impossible, mais aussi, c’est ce même « cadre précaire » qui induit au geste, une puissante prise de conscience de l’instant de dessiner.

Loin de trouver un accord mimétique, raccorder l’acte de tracer à la nature de l’île Carillon devient une entreprise déterminante qui fait basculer les gestes de l’artiste du côté de l’expérience imprévisible et de l’étonnement, entraînant une réflexion constamment relancée par l’effet que produit cette rencontre dessin-nature.