STEVE BATES @ sightings

SIGHTINGS2
Of all the Hearers, 2018

« Off All the Hearers »
14 mai — 16 septembre | May 14 — September 16
ellengallery.concordia.ca

Of all the hearers est une nouvelle œuvre qui fait partie d’un corpus plus large que je nomme Black Seas et qui s’inspire d’expériences historiques et contemporaines d’hallucinations auditives, à la fois pathologiques et non pathologiques. Plus précisément, je m’intéresse à la continuité qui les relie. Je creuse les lieux où elles pourraient se croiser, se brouiller, se superposer et se différencier. Pour constituer ce corpus, j’ai recueilli de nombreux textes tirés de la littérature, des origines de la psychiatrie expérimentale, d’histoires médicales, de revues de sociétés spirites, d’écrits philosophiques et religieux, ainsi que des extraits de films d’horreur. En parallèle, des gens m’ont confié leurs récits d’hallucinations. Celles-ci semblent survenir partout, certaines sont gardées secrètes, d’autres non.

En travaillant à Black Seas, je suis devenu fasciné par le fait qu’un son puisse exister et ne pas exister simultanément. Par la manière dont ce qui relève d’une intériorité radicale rejoint l’extérieur. Le projet Of all the hearers porte sur une écoute étrange. Une écoute où deux mondes se rencontrent, l’externe et l’interne, telle que Mark Fisher la décrit lorsqu’il théorise l’étrange et l’inquiétant par l’intermédiaire de H.P. Lovecraft. Une écoute étrange « se situe au-delà de la perception, de la cognition et de l’expérience habituelles ».

Of all the hearers est la mise en œuvre d’un témoignage accompagné d’une bande sonore. Le projet s’appuie sur la description d’un étrange phénomène auditif dans une lettre envoyée au Journal of the Society for Psychical Research en 1891 (publiée en 1893) par Sarah Jenkins, une jeune femme de Boston. Cette dernière y évoque la mort soudaine d’un vieux musicien célèbre et respecté de son voisinage. Cet événement déclenche un étrange phénomène sonore qui se produit la nuit suivant les funérailles du musicien et dont elle-même, sa mère, ses deux sœurs et une amie font l’expérience. Une « irruption de musique » surnaturelle, telle qu’elles n’en ont jamais entendue auparavant, se répand dans la pièce. Sarah ne peut la décrire que « comme une irruption de soleil sonore ».

Je ne cesse de penser à ce souffle sonore qui emplit la pièce. Illuminant tous les objets d’un bref reflet doré au moment où il passe au-dessus d’eux. J’entends des sifflements et des grondements comme dans les enregistrements du soleil que la NASA et d’autres scientifiques ont diffusés sur leur site web, faisant tout vibrer sur leur passage, bourdonnant dans les tympans, provoquant stupeur et fascination chez les auditeurs.trices.

Cette histoire m’évoque également une version sonore des hallucinations et de l’horreur vécues par l’héroïne de la nouvelle The Yellow Wallpaper de Charlotte Perkins Gilman, publiée à peine un an après la lettre de Sarah4. Deux expériences domestiques baignées de lumière : l’une est la perception immédiate d’un éclat d’or céleste et l’autre, la trace rampante, répugnante d’un jaune terrestre — le reflet d’une lueur blafarde.

La lettre de Sarah Jenkins fait partie d’un ensemble de récits de communication avec les morts ayant contribué au mouvement spirite du XIXe siècle qui souhaitait appliquer des méthodes scientifiques afin de valider des phénomènes psychiques et surnaturels et de les transposer en vérités. Dans plusieurs salons à travers l’Angleterre, la hantise des colonisateurs s’est répandue par des transmissions télépathiques, des transmigrations et des transferts ectoplasmiques. Des fantômes suintant de partout. Des prophéties d’un traumatisme imminent, des cartes postales spectrales criant vengeance au nom des colonies.

La peur fermente sous chaque chose.

Puis je commence vraiment à penser aux hallucinations sociales des Situationnistes et à la perte de rencontre. Je pense à une artiste, Laura Oldfield Ford, qui décrit toute l’Angleterre — et nous tous, par association — comme étant pris d’hallucinations :

Nous sommes tous en train d’halluciner, dans un paysage qui est devenu plus surréel et plus autoritaire dans la même mesure. Le paysage physique est devenu infantilisé, les boîtes de céréales et les berlingots nous parlent en voix de bébés et nous sommes soumis au spectacle omniprésent des personnages de dessins animés émergeant des panneaux publicitaires pour nous offrir des tarifs d’énergie et des prêts sur salaire.

L’hallucination est à la fois quelque chose et rien. C’est une présence incarnée si on la considère en termes de processus physique dû à une lésion, à des stimuli électrochimiques ou à une autre condition mentale dont les technologies actuelles peuvent relever les caractéristiques. En ce sens, il s’agit d’une réalité tangible. Mais elle demeure aussi une sorte de hantise sous la forme d’un son/non-son. Hantise dans le sens de présence fantomatique, mais aussi dans celui d’une récurrence constante, impromptue et hors de notre contrôle. Une voix. Des voix. De la musique. Des tonalités. Immuables, sifflants ou comparables aux innombrables sons qui, dans le monde de Lovecraft, seraient des « sons venus d’ailleurs ». Une de mes connaissances, qui entend, m’a décrit ce phénomène comme une sorte de bande sonore non diégétique superposée à la vie quotidienne. Black Seas s’inscrit dans cet espace interactif où ici dedans/là dehors, et audition/non-audition se rencontrent.

— Steve Bates

Of all the hearers is a new work situated in a larger body of work I refer to as Black Seas, which is influenced by historical and contemporary experiences of pathological and non-pathological auditory hallucination. More specifically, I’m interested in the continuum between the two. Digging around where they may intersect, blur, overlap and differentiate. As part of this body of work I’ve been collecting numerous texts, excerpts from literature, early experimental psychiatry, medical histories, psychic society journals, philosophy and religious texts, horror films. Alongside this, people keep telling me their stories of hallucination. And they seem to be everywhere, some secret, others not.

With Black Seas I became fascinated with how a sound could exist and simultaneously not exist. Of a radical interiority and how it meets an exterior. Of all the hearers, is a project about a weird listening. A listening, as Mark Fisher described it when theorizing the weird and the eerie via H.P. Lovecraft, where two worlds are brought together; the external and the internal. A weird listening is one that “lies beyond standard perception, cognition, and experience.”

Of all the hearers is an enactment of a report with accompanying soundtrack. It consists of a letter describing a strange auditory phenomenon submitted to the Journal of the Society for Psychical Research in 1891 (published in 1893) by Sarah Jenkins, a young woman from Boston. She writes of a well-known and respected elderly musician in her neighbourhood who dies unexpectedly. This event triggers a strange sonic phenomenon experienced the night of the musician’s funeral by her, her mother, her two sisters and a friend. An otherworldly “burst of music” such as they had never heard before passes around the room. Sarah can only describe it as being “like a burst of sunshine in sound.”

I keep thinking of this sound blowing around the room. Briefly illuminating everything in gold as it passes over them. I hear hissing and rumbling like the recordings of the sun NASA and other scientists have put up on their websites, vibrating everything in their path, buzzing across eardrums, striking awe and fascination into the hearers.

The story also reminds me of a sonic version of the hallucinations and horror faced by the female protagonist in Charlotte Perkins Gilman’s The Yellow Wallpaper, published just a year after Sarah’s letter. Both domestic experiences bathed in light; in one, the event is a direct flash of heavenly gold, and in the other, a creeping, sickening smear of earthly yellow — a reflected gloom.

Sarah Jenkins’s letter is part of a collection of stories of communication with the dead, contributing to a psychic movement in the nineteenth century that wanted to apply scientific method to validate psychic and supernatural phenomena and transpose them into truth. In salons across England the haunted dread of colonizers spilled out through transmissions of telepathy, transmigration and ectoplasmic transfers. Ghosts oozed from everywhere. Prophesies of impending trauma, spectral postcards seeking revenge from the colonies.

Dread ferments under everything.

And then I really start to think of the social hallucination of the Situationists and the loss of encounter. I think of artist, Laura Oldfield Ford describing all of Britain, and the rest of us by default, as hallucinating:

We’re all hallucinating, in a landscape that has become more surreal and more authoritarian in equal measure. The physical landscape has become infantilised, we are spoken to in baby voices by cereal packets and drinks cartons and are subjected to the ubiquitous sight of cartoon characters looming down from billboards offering us energy tariffs and payday loans.

Hallucination is both something and nothing. It is a presence in a body in terms of a physical process due to injury, electro-chemical stimuli, or other mental condition whose outlines can be traced with contemporary technologies. In this sense it is very real. It is also a kind of haunting in the form of a sound/non-sound. Haunt as in the ghostly but also as in to recur constantly, spontaneously and beyond our control. A voice. Voices. Music. Tones. Static, hissing or any number of sounds that in Lovecraft’s world would be “Sound Out of Place.” An acquaintance, who hears, described it to me as a sort of non-diegetic soundtrack to their daily life. Black Seasoccurs in this active space where in here/out there, and hearer/non-hearer meet.

— Steve Bates

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