P. & G. KOLLECTIV @ clark

CLARK
Pil and Galia Kollectiv, Progress Report, 2018

« Second Annual Report from the Strategic Sanctuary for the destruction of Free Will »
10 mai — 16 juin | May 10 — June 16
Vernissage et performance 10 mai 20h | May 10, 8PM
centreclark.com

« Pourquoi ne pas faire un peu d’exercice… Quelqu’un voudrait se porter volontaire ? »

— Voix masquée tirée de la performance dans Second Annual Report from the Strategic Sanctuary for the Destruction of Free Will (2018)
 

Dans ses réflexions sur l’architecture, Le Corbusier observe comment avec le temps, les choses se transforment en formes primaires. Comme les ruines grecques, toute grande chose se trouve éventuellement réduite à un arrangement simple et formel : « Je crois que l’horizontalité du toujours même horizon et surtout, en plein midi, l’uniformité imposante des matériaux perçus, installent en chacun la mesure la plus humainement perceptible de l’absolu. » Une enquête sur la manière dont nous percevons le monde qui nous entoure, surtout les structures de pouvoir qui nous lient, est le point de départ pour Second Annual Report from the Strategic Sanctuary for the Destruction of the Free Will de Pil and Galia Kollectiv. Dans cette installation in situ du duo londonien, nous sommes plongés dans un monde ineffable, blanc et total où l’expression de soi est en conflit avec les systèmes de réglementation prédominants.

Strategic Sanctuary nous met face à un espace blanc, sans horizon. Des indices quant au lieu ou à l’époque où nous nous trouvons procurent à la fois un effet de confort et un sentiment d’inquiétante possibilité. Cette pièce en carton de style Bauhaus pourrait être une cellule de prison, un sanctuaire monastique, ou une salle de thérapie capitonnée. Sa blancheur uniforme est interrompue par des bandes de ruban adhésif noir. De longues lignes noires décrivent des charnières de murs et de grands triangles. Elles restreignent la forme, mais nous attirent également vers des horizons insaisissables. Le titre de l’installation est dérivé de SYNANON : STRATEGIC SANCTUARIES FOR THE DESTRUCTION OF FREE WILL, un pamphlet des années 1950 écrit en opposition à Synanon, un culte dérivé des AA dont le mandat était d’arrêter la consommation d’alcool en remplaçant la substance par le LSD. L’espace même semble dresser un parallèle entre les dispositifs de contrôle et de réglementation étatique, et l’idée d’expression personnelle et de libération spirituelle. Une pièce audio basée sur une séance de thérapie de groupe trouvée sur YouTube procure une trame sonore inquiétante. Doit-on s’attendre à une désintox, une absolution ou à un rituel extatique?

Le chaos demeure-t-il chaotique si l’on parvient à le contenir? On peut être pour ou contre la surveillance de notre bien-être et de notre aptitude à travailler, à la normalité, et à être complice d’un tout, mais il est impossible d’ignorer à quel point nous nous exprimons librement lorsque masqués. Ou comment nous pouvons si facilement adopter les gestes surréels et la choréologie de l’exaltation sectaire, des performances de musique heavy metal, et des confessions de thérapies de groupes. Strategic Sanctuary nous demande de lâcher prise et de faire preuve d’empathie. Dans cette logique de détention volontaire, où la production excessive de subjectivité (ou de partage) peut donner l’impression d’être sous l’effet de drogues psychédéliques, d’un sentiment collectif de justice commune, et d’une ferveur d’appartenir égalisatrice qui a la capacité de nous mener, volontairement, au culte, nous questionnons la manière dont de telles expériences sont construites.

— Alisha Piercy (traduction par Simon Benedict)

“Why don’t we do a little exercise… Would anyone like to put themselves forward?”

— Masked voice from the performance in Second Annual Report from the Strategic Sanctuary for the Destruction of Free Will (2018)
 

In writing about architecture, Le Corbusier observed how things, over time, melt into primary shapes. Like Grecian ruins, great things become reduced to simple, formal arrangements: « I think that the flatness of the horizon, particularly at noon when it imposes a uniformity on everything about it, provides for each one of us a measure of the most humanly possible perception of the absolute ». An investigation into how we perceive the world around us, particularly the power structures that bind us, is the starting point for Pil and Galia Kollectiv’s Second Annual Report from the Strategic Sanctuary for the Destruction of the Free Will. In this site-specific installation by the London-based duo we experience an ineffable, white, total world where self-expression is in tension with over-arching regulating systems.

In Strategic Sanctuary we encounter a white, horizonless space. Clues to where we are, and what era we are in, provide both comfort and unnerving possibility. A ready-made cardboard Bauhaus room might be a prison cell, monk’s sanctuary, or padded therapy room. The uniform skin of whiteness is cut by swaths of black tape. Long, black lines describe wall hinges and life-sized triangles. They restrain form but also entice us toward ungraspable horizons. The title of the installation is derived from a pamphlet from the 1950s entitled SYNANON: STRATEGIC SANCTUARIES FOR THE DESTRUCTION OF FREE WILL written against Synanon, an offshoot AA cult whose mandate was to get people to stop drinking by using LSD instead. The space itself seems to make a parallel between the mechanisms of state control and regulation on the one hand, and the idea of self-expression and spiritual release, on the other. An audio soundtrack based on a Youtube group therapy session plays eerily in the background. We anticipate de-tox, absolution, or full ecstatic ritual.

Is chaos still chaos if we find ways to contain it? We may stand for or against the monitoring of our well-being and suitability for work, normalcy, and complicity with the whole, but we can’t help but notice how freely we express ourselves when masked. Or how we fall into the surreal gestures and choreology of cult rapture, metal band performances, and group therapy confession. In Strategic Sanctuary we are asked to let go and empathise. Placed under such voluntary house-arrest, the excessive generation of subjectivity (aka sharing) feels like the high of psychedelic drugs, the collective fire of shared justice, and the levelling fervour-to-belong that can bring us, willfully, to the point of worship, making us question the way such experiences are constructed.

— Alisha Piercy