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Matthew Brooks, Bob’s Oil, 2017
Matthew Brooks, Bob’s Oil, 2017

« IGNITION 14 »
2 mai — 2 juin | May 2 — June 2 
Vernissage 2 mai 17h30 | May 2, 5:30PM
ellengallery.concordia.ca

Artistes : Matthew Brooks, Brent Cleveland, Mara Eagle, Muhammad Nour Elkhairy, Malcolm McCormick, Emilie Morin, Claire Ellen Paquet, Etta Sandry, Adam Simms et Undine Sommer.

 

Afin d’établir le choix des œuvres de cette exposition annuelle, Michèle Thériault et moi avons étudié les projets des artistes formulés dans leurs propres mots, ou les descriptions de ce qu’ils ou elles souhaiteraient exposer, ainsi que des images de leurs réalisations passées ou de leurs travaux en cours, afin d’avoir une idée de leurs styles respectifs. Les propositions étaient comme des missives, auxquelles nous avons d’abord répondu en ajoutant des mots pour les qualifier : audacieuse, troublante, romantique, incisive, réfléchie, empreinte d’un humour noir ou tout simplement sombre.

L’exposition ne s’est pas construite sur une ligne directrice, mais les liens entre les œuvres s’avèrent multiples. Après avoir imaginé les projets retenus dans l’espace, je n’ai cessé de revenir à deux des sens du mot « articulation » pour en tirer un thème – le sens linguistique du mot, qui désigne une expression ou un.e locuteur.trice clair.e et cohérent.e, et le sens plus spatial, qui décrit un joint, un coin ou un lien. À travers l’articulation de leurs pratiques, les artistes sélectionnés reflètent un aspect caractéristique de la pédagogie à la maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia – qui veut que chacun.e prenne la responsabilité de ses œuvres en pensée et en paroles. Les artistes de IGNITION 14 ont relevé ce défi avec brio. Le second sens du mot est plus difficile à expliquer. Par le fruit du hasard ou de la sérendipité, de l’intuition de Michèle Thériault ou d’une combinaison de tous ces facteurs, les œuvres ont été regroupées dans la galerie de façon à suggérer plusieurs formes d’articulation — un joint, un coin, un lien — entre nature et culture, surface et profondeur, parole, écriture et combat, ainsi qu’entre la pensée du foyer et le sentiment de l’éloignement.

Dans la première salle, les œuvres de Claire Ellen Paquet et d’Etta Sandry sont immobilisées en pleine conversation. Les bannières tissées de Paquet reproduisant des extraits d’un livre de Charles Darwin se confrontent à l’œuvre textile de Sandry qui reproduit le cycle du lever au coucher du soleil comme une gestalt. Dans la pièce suivante, les vues nocturnes très précises d’une architecture abandonnée en bordure de route prises par Matthew Brook font face aux portraits de Brent Cleveland et de sa galerie de personnages gluants et libidineux. Ces paires d’œuvres désignent puis perturbent la démarcation conventionnelle entre nature et culture. Juste à côté, l’installation de Malcolm McCormick propose une vue anatomique de la peinture comme un jeu entre des surfaces décoratives, des profondeurs construites et projetées, et des angles de vision idéaux. Et nous voici plongé.e.s dans des salles virtuelles et réelles réservées à des visions d’écrivain.e.s. Alors que Mara Eagle, en performance dans la galerie, récrit chaque ligne d’un roman de Jane Austen, les vidéos en boucle de Muhammad Nour Elkhairy explorent la tâche de l’exilé qui se consacre à l’écriture comme réalisation de désir et comme répétition. Le concept d’articulation dans ces œuvres porte le poids de la politique des genres d’une auteure typique de l’ère victorienne, ainsi que celui de la politique anticolonialiste des Palestiniens de la diaspora. Au fond de la galerie, dans trois salles séparées, ce concept se révèle dans des œuvres qui explorent les écarts et les liens entre l’ici et l’ailleurs. Encore là, nous retrouvons plusieurs fois la notion d’exil : sur le chemin du retour à la maison en vélo, au crépuscule, dans la vidéo pleine de suspense de Undine Sommer; dans le mouvement ondulatoire d’une pièce de bois flottant, ballottée par une marée de Terre-Neuve retransmise en direct dans la sculpture cinétique d’Adam Simms; enfin, dans la salle de réunion de la galerie, en faisant l’expérience d’une intimité médiatisée par la performance d’Emily Morin, réalisée sur Skype depuis son appartement de Montréal.

— Tammer El-Sheikh

Artists: Matthew Brooks, Brent Cleveland, Mara Eagle, Muhammad Nour Elkhairy, Malcolm McCormick, Emilie Morin, Claire Ellen Paquet, Etta Sandry, Adam Simms & Undine Sommer.

 

In choosing works for this annual exhibition Michèle Thériault and I considered the artists’ words, or descriptions of what they would like to show, and images of past works or works-in-progress that gave us a sense of their respective styles. The proposals were like missives, to which we replied initially with more words: bold, haunting, romantic, incisive, considered, darkly funny or just plain dark.

There was no guiding theme for the exhibition, but connections between the works abound. After imagining the selected projects in the space, I kept circling back to two senses of the word “ articulation ” as a stand-in for a theme — the linguistic sense of a clear and coherent expression or speaker, and the more spatial sense of a joint, corner or link. Through the articulation of their practices, the selected artists reflect a feature of Concordia’s MFA pedagogy — that each takes responsibility in thought and in words for their works. The artists in IGNITION 14 have done this brilliantly. The second sense is more difficult to explain. By accident, or serendipity, or Michèle Thériault’s intuition, or a combination of these, the works were grouped in the gallery to suggest some form of an articulation — a joint, a corner, a link — between nature and culture, surfaces and depths, speaking, writing and fighting, and between thoughts of home and the feeling of being away.

In the first room Claire Ellen Paquet and Etta Sandry’s pieces are frozen in mid-conversation. Paquet’s looming banners showing excerpts from a book by Charles Darwin are confronted by Sandry’s leaning textile piece that captures the cycle of sunrise and sunset as a gestalt. In the next room, Matthew Brooks’ crisp nighttime views of vacant road-side architecture face-off with portraits of Brent Cleveland’s gooey and libidinally-charged cast of characters. These pairs of works describe then trouble a taken-for-granted line between nature and culture. Around the corner, Malcolm McCormick’s divided room-installation offers an anatomical view of painting as a play between decorative surfaces, constructed and projected depths, and ideal angles of vision. With this we are plunged into virtual and actual rooms for writers’ views. As Mara Eagle retraces each line of a Jane Austen novel live in the gallery, Muhammad Nour Elkhairy’s looped videos explore the exile’s task of writing-as-wish-fulfillment and as rehearsal. The concept of articulation in these works is freighted with the gender-politics of a channeled Victorian author, and the anti-colonial politics of Palestinians in the diaspora. Along the back of the gallery in three separate rooms, the concept comes up in works that explore the gaps and joints between home and away. Again, we are with exiles: on a suspenseful bike-ride home at dusk in Undine Sommer’s video; in the undulation of a dangling piece of driftwood, live-streaming a Newfoundland tide in Adam Simms’ kinetic sculpture; and in the gallery’s meeting room for an experiment with mediated intimacy in Emily Morin’s Skype performance from her Montreal apartment.

— Tammer El-Sheikh