GROUPE @ antoine ertaskiran

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Catherine Telford-Keogh, Add two tins of Tropicana, half a gallon of blackberry ice cream, blend thoroughly, and it’s ready to serve from the bowl, 2018

« Title II »
4 avril — 5 mai | April 4 — May 5
galerieantoineertaskiran.com

Artistes : Aude Pariset, Catherine Telford-Keogh, Dena Yago, Dis, Goldin+Senneby, Jason Matthew Lee, Nina Canelle et Simon Denny.

Commissaire : Vie d’ange.

 

La Galerie Antoine Ertaskiran est fière de présenter le second volet d’une collaboration avec Vie d’ange, espace projet montréalais. La première exposition de cette collaboration, Our Thing, considérait les façons dont les foules sont influencées par les progrès technologiques. Prenant celle-ci comme point de départ, Title II fait référence à l’inégalité d’accès à l’information et son débit en présentant des œuvres, nouvelles et anciennes, recontextualisées dans un environnement au langage scindé. Les œuvres font référence à une série de récits tronqués qui se matérialisent dans un espace en suspens.

1. À la suite de l’interruption d’une réunion du 14 décembre 2017 en raison d’une menace à la sécurité, la Commission Fédérale des Communications (FCC) a voté l’annulation des règles sur la neutralité du Net (Titre II) établies sous l’administration d’Obama. Malgré de nombreuses contestations, les protections que défendent la majorité des consommateurs américains sont maintenant caduques.

La Loi de 1996 sur les télécommunications a été la première refonte majeure du droit des télécommunications aux États-Unis depuis la création de la Commission Fédérale des Communications à l’aube de la Seconde Guerre mondiale en 1934. Lors de la cérémonie de signature de la loi de 1996, Bill Clinton a utilisé le même stylo que Dwight D. Eisenhower avait pris pour signer la « Federal Highway Act » de 1956, avant de signer une copie numérique de cette loi sur un écran numérique tactile — faisant de la Loi sur les télécommunications de 1996 la première législation signée dans l’espace cybernétique. Lors de la cérémonie de 1996, le sénateur démocrate de la Caroline du Sud Fritz Hollings a déclaré: « Désormais le Mur de Berlin des télécommunications est abattu ».

2. Le principe de neutralité du Web consiste à garantir l’égalité du traitement des flux de données sur Internet. Le président de la FCC propose d’autoriser les Fourniseurs d’Accès à Internet de prioriser leur propre trafic en fonction de leurs concurrents. En terme imagé, ces fournisseurs pourront créer un système d’approvisionnement de l’information à deux vitesses: une voie rapide et dispendieuse et une voie plus lente facturée à moindres coûts et selon les besoins.

La nouvelle réglementation de la FCC s’accorde avec la vision néolibérale des politiques publiques afin de satisfaire les grandes entreprises, et ce, souvent aux dépens des petites entreprises et de leurs consommateurs. Les défenseurs de la neutralité dénoncent une décision qui pourrait mener à un espace cybernétique fragmentaire, où certains contenus ne seraient pas chargés, donnant ainsi l’accès à une information partielle aux classes sociales moins fortunées.

3. En réaction à l’abrogation du Title II, le collectif DIS a produit Polimbo, un sondage qui agit comme une boussole politique sur la question de la neutralité du Net. L’application est présentée sur un téléphone en cours de chargement déposé à la réception de la galerie. L’œuvre After Microsoft… du duo artistique Goldin+Senneby, expose de quelle façon une colline en Californie est devenue l’image de marque d’une de plus grande compagnie du monde, Microsoft. L’œuvre est accessible occasionnellement dans l’espace secondaire de la galerie.

4. Les sculptures de Nina Canell sont créées à partir de câbles en fibres optiques à haut débit employés dans les systèmes de communication souterrains coréens. Alors qu’ils n’ont pas encore été introduits dans les infrastructures européennes et nord-américaines, ces câbles sont déjà en cours de remplacement en Corée. Ces débris originaux sont ici exposés comme des œuvres readymade. Ils rendent visible une obsolescence future tout en exposant les disproportions des systèmes de valeurs matérielles et de leurs réseaux de distribution.

5. Les œuvres de Jason Matthew Lee, réalisées à partir de téléphones publics modifiés et de leur boîtier, s’inspirent du mouvement de contre-culture phreaking (piratage téléphonique). Le mot anglais phreaking est obtenu par la contraction de phone, pour téléphone, et freak, signifiant un marginal. En dialogue avec les gaines déterrées de Canell, l’œuvre de Lee opère également dans un espace-temps psychologique où les deux artistes travaillent directement avec les canaux réels des télécoms pour affirmer leur obsolescence physique. En ressuscitant des outils de communication désuets, les téléphones de Lee deviennent des reliques prémonitoires de la nature, mettant en exergue la vulnérabilité des services publics et de communications face aux forces de privatisation.

6. Tout comme les œuvres de Lee et de Canell qui sont déconnectées de tout réseau, l’exposition présente une sélection partielle de la série de Simon Denny, intitulée The Personal Effects of Kim Dotcom. Depuis 2013, Denny crée un portrait évolutif de Kim Schmitz, entrepreneur Internet devenu activiste, à travers une série d’expositions à caractère documentaire. Le site internet Megaupload de Kim Dotcom a été l’une des plateformes d’échanges de fichiers les plus visitées jusqu’à ce que ses avoirs, serveurs et sites internet soient saisis lors d’un raid du FBI très médiatisé en 2012.

7. Le travail de Dena Yago et celui de Catherine Telford-Keogh portent tous deux sur l’entrelacement et la congestion du langage lorsque ce dernier est traduit dans des formes tangibles. L’œuvre textuelle de Dena Yago Remove the Outside and the Inside Remain, réalisée à partir de caoutchouc découpé à la CNC, évoque la récurrence avec laquelle la forme déroute et redéfinit la perception du langage. En mettant en regard l’œuvre de Yago et les câbles morcelés de Nina Canell, la porosité des matériaux révèle combien ceux-ci peuvent constituer un canal d’information tout autant que l’information elle-même. L’œuvre de Catherine Telford-Keogh déconstruit le monde extérieur en lui donnant la forme de bassins solidifiés et de grands panneaux hermétiques. Telford-Keogh s’appuie sur un intérêt pour la phonétique et la forme afin d’explorer une mémoire sensorielle qui assimile les manières par lesquelles le langage donne forme à la matière. Grâce à un vaste inventaire de produits de consommation de masse, tels que les produits alimentaires de marque et les produits de nettoyage institutionnels, son travail évoque une économie matérielle du quotidien où le souvenir de la mémoire matérielle prévaut sur l’aseptisation des sens.

8.  Dans Promession® #1 d’Aude Pariset — une œuvre déjà exposée dans le chapitre précédent de cette exposition, une colonie de vers de farine enfermée hermétiquement dans une structure de lit dévore du styromousse. Cet écosystème a évolué et s’est détérioré en un état incertain: là où certains vers ont péri, d’autres continuent de manger, tandis que d’autres se sont transformés en coléoptères en laissant derrière eux leur mue et la trace de leur transformation.

Artists: Aude Pariset, Catherine Telford-Keogh, Dena Yago, Dis, Goldin+Senneby, Jason Matthew Lee, Nina Canelle et Simon Denny.

Curator: Vie d’ange.

 

Galerie Antoine Ertaskiran is pleased to present the second installment of a two-part collaboration with Montreal-based project space Vie d’ange. Departing from the previous exhibition, Our Thing — which considered the ways in which crowds are organized by technological influences — Title II explores the concept of ’net neutrality’ and the promise of an open and egalitarian communications network. Together the works in this exhibition examine notions of fragmentation, both of language and of form, whilst considering historical forces which reveal the fraught asymmetries of power embedded within communications infrastructures. These works are presented as materializations of truncated narratives to question a mediascape where some content loads faster than others.

1. The 1996 Telecommunications Act was the first major overhaul of telecommunications law in the United States since the Federal Communications Commission was founded at the dawn of the Second World War in 1934. During the signing ceremony, Bill Clinton used the same pen Dwight D. Eisenhower had used to sign the Federal Highway Act of 1956, before proceeding to sign a digital copy of the bill across a touchscreen surface —making the 1996 Telecommunications Act the first piece of legislation signed in cyberspace.

2. The 1990’s saw a new era defined by a techno-optimist spirit as well as the market confidence of the dot-com bubble. Meanwhile, the opening up of previously inaccessible geopolitical markets enabled the global dominance of the neoliberal order. Speaking at the signing ceremony of the 1996 Telecommunication Act, Democratic from Senator Fritz Hollings (D) of South Carolina declared: “ As of now the Berlin Wall of telecommunications has been demolished ”.

3. Under Title II of the act, a diversity of communications streams such as broadcast television, landline and mobile telephony — and for the first time ever the Internet — were bundled under one piece of legislation. The 1996 act cited more competition and the empowerment of American entrepreneurs and families with the freedom of more choices at lower costs. It effectively deregulated the Internet and opened up public utilities to private enterprise. However, until late 2017 under Title II, Internet Service Providers (ISPs) were prohibited from creating artificial scarcity by throttling content. Throttling would allow ISPs to capitalize upon the creation of fast and slow content traffic lanes. Opponents of such free-market deregulation feared the precedent where not all content would load equally as a logical first step to some content not being able to load at all. In anticipation of this year’s repeal of Title II, DIS produced Polimbo, a website-survey that acts as a political compass on the issue of net neutrality, presented in the exhibition on a phone that’s charging behind the gallery’s reception desk. Occasionally accessible in the gallery’s adjacent space, Goldin+Senneby’s After Microsoft…  tells the story of how a California hillside came to collide with a global branding strategy.

4. Speed of access becomes the predominant aesthetic in the wake of a deregulated communication-scape. The work in this exhibition comes together as fragmentations of both language and form, presenting a series of truncated narratives which materialize in a half-loaded format of dis-connectivity. Nina Canell’s subterranean fibre optic cable sheathings are gathered from high-grade cables employed in Korean communication networks. Not yet introduced in European and North American infrastructures, these cables are already being replaced in Korea.

5. Jason Matthew Lee’s work with modified payphones and payphone shells express the early hacking cultures of network exploration known as ‘phreaking’. Lee’s works bare a connection to Canell’s emptied out cable skins which also engage with the real passageways of communication infrastructures to evoke a visceral vocality.

6. Just as Lee and Canell’s works are cut off and segmented from a larger network, the exhibition presents an incomplete selection of canvases from Simon Denny’s scalable body of work The Personal Effects of Kim Dotcom. Since 2013 Denny has chronicled an ongoing portrait of Internet entrepreneur turned activist Kim Schmitz through an iterative documentary style exhibition-making practice. Kim Dotcom’s website Megaupload was one of the most visited file-sharing platforms until his assets, servers and websites were seized in a high profile FBI raid on his New Zealand compound.

7. The work of Dena Yago and Catherine Telford-Keogh equally deal with the entanglement and congestion of language when physicalized into tangible forms. Dena Yago’s CNC’d rubber text works speak to the perennial ways in which form obfuscates and redefines the reception of language. Her work Remove the Outside and the Inside Remains recalls the gestures of deregulation to ‘remove’ and ‘cut away to the essential’. Considering Yago’s work in relation to Nina Canell’s dislocated cable sheathings, the transmutability of materials make apparent how material can be the conduit for information while equally being the information itself. Catherine Telford-Keogh’s work slows the outside world by materializing into hardened pools and large panes of confinement. Telford-Keogh draws on an interest in phonetics and form to explore a sensory memory that internalizes the ways that language shapes material.

8. Aude Pariset’s Promession® #1 remains from the previous exhibition at the gallery. This work comprises a colony of mealworms which have been eating away at styrofoam while hermetically encased in a bed frame. This ecosystem has both matured and deteriorated into an uneven state; where some worms have perished, others keep eating and some have transformed into beetles leaving skin sheddings in their wake.