C. ABOUMRAD @ castiglione

ABOUMRAD_CATHERINE
Série Horizon. Ref:04-03-8129, 2017

« Horizon »
6 avril — 12 mai | April 6 — May 12
Vernissage 6 avril 17h | April 6, 5PM
lacastiglione.ca

La photographie de Catherine Aboumrad est un énoncé d’opulence, d’absence, d’organisation et de contrainte. Dans une approche respectueuse, le paysage s’offre sans intervention et relate essentiellement de cette manifestation de l’espace.

Influencée par le temps et le hasard, l’artiste se maintient dans un état d’émerveillement face à son environnement tout au long du processus de création. Un volet performatif y est important et l’acte de photographier fait partie intégrante de la création, au même titre que l’image qu’il engendre. En ce sens, la longue exposition est une stratégie efficace; cette technique impose une lenteur de travail et une implication totale, tant intellectuelle que physique.

L’horizon, dans sa plus simple expression, se définit comme le point de contact entre ciel et terre ou ciel et mer. Mais cette rencontre, qui n’advient concrètement que dans l’image du paysage, a tôt fait de rappeler la signification de l’horizon : celle d’une circonscription. Si l’horizon cadre le paysage et en structure la représentation, il induit également une façon de regarder. Pour Catherine Aboumrad, cet effet sur le regard se traduit non seulement en relation avec l’image photographique qu’elle montre, mais aussi en amont, au moment même de la captation. Le corpus d’Horizon a pris forme lors de deux expéditions à bord de bateaux commerciaux, sur le golfe du Saint-Laurent et sur la mer Méditerranée. L’artiste choisit de s’entourer de l’horizon, de s’y soumettre. Plutôt que de le contempler de loin, elle se met donc elle-même en mouvement, reproduisant la quête d’un idéal inatteignable puisqu’il se dérobe à mesure que l’on avance vers lui.

Côte à côte, les photographies illustrent une ligne d’horizon à la fois fragmentée et infinie. Grâce à un processus méthodique, l’artiste parvient à fixer ce trait au centre de l’image, malgré son propre déplacement continu dans l’espace. Chaque cadrage est construit de manière à présenter, en proportions égales, ciel et mer. La composition, identique d’un plan à l’autre, ne sert pourtant qu’à mettre en valeur ce qui fait sans cesse l’objet de variations : la qualité de la lumière, le mouvement des vagues, la position de l’embarcation. Les longs temps d’exposition, cruciaux dans le devenir des images, permettent d’accumuler en couches l’ensemble de ces nuances en de fantomatiques traces. On y devine parfois la course des nuages, l’ascension du soleil, la vigueur des vagues ou bien le calme de l’étendue d’eau. Ces empreintes se superposent dans un flou qui évoque inévitablement la somme du temps passé à scruter l’horizon.
Dépassant l’idée de délimitation, le travail d’Aboumrad aborde la rencontre entre le ciel et la mer, la lisière entre ces espaces aussi physiques que conceptuels. Ainsi, l’horizon qu’elle donne à voir possède une certaine densité. Celle-ci trahit l’oscillation ininterrompue du navire, qui confère à la ligne son épaisseur. Bien qu’à peine perceptible, cette brèche rappelle que toute frontière peut aussi être poreuse et qu’en ce sens l’horizon n’a rien de fixe. Il se construit et se décompose à la fois, à travers le regard de celui qui lui porte attention.

Dans cette série, Aboumrad poursuit une recherche sur la manière d’habiter l’espace et de l’interpréter. Son approche performative se manifeste dans le langage photographique qu’elle met de l’avant, privilégiant des images qui portent les traces de leur temporalité et du processus. Bien que le projet fasse écho à un récit personnel qui lie les plans d’eau que l’artiste a parcourus, l’horizon joue ici le rôle d’un espace collectif et universel. Un espace de l’entre-deux, dans l’épaisseur de la ligne.

— Emmanuelle Choquette 

The photography of Catherine Aboumrad is a statement of opulence, absence, organization and restriction. In a respectful approach, the landscape offers itself without intervention, and relates essentially to this manifestation of space.

Influenced by time and chance, the artist before her environment remains in a constant state of wonderment throughout the creative process. There is an important performative aspect to it; the act of photographing is as part of the creation as the image it produces. In this performance, the use of long exposure becomes an effective strategy since this technique imposes a very slow workflow and a total commitment to the art, both intellectually and physically.