BHARTI KHER @ dhc

DHC
Mother and Child, 2014

« Points de départ, points qui lient »
20 avril — 9 septembre | April 20 — September 9
Vernissage 19 avril 5h30 | April 19, 5:30PM
dhc-art.org

Bharti Kher est reconnue internationalement pour son utilisation caractéristique du bindi dans son travail pictural et sculptural. Dérivé du mot sanskrit bindu — qui signifie point, goutte ou particule — et issu de traditions rituelles et philosophiques, le bindi consiste en un point apposé au centre du front pour symboliser le troisième œil spirituel. À l’origine appliqué à l’aide de pigment naturel, le bindi est devenu au fil du temps un accessoire populaire produit en série. Kher récupère ce glissement en créant de somptueuses « peintures » multicouches qui regorgent de liens conceptuels et visuels en relation avec des notions de répétition, de sacré et de rituel, d’appropriation et de manifestation délibérée du féminin. Le bindi devient un langage ou un code que nous apprivoisons grâce à des œuvres qui établissent des rapports formels entre l’expressionnisme abstrait, l’op art et l’abstraction géométrique de la peinture occidentale et les traditions tantriques et néotantriques de l’Inde. Kher déclare: « J’active la surface pour que vous imaginiez le micro et le macroscopique. N’oubliez pas que l’œuvre vous regarde aussi ».

La Fondation présentera une sélection de tableaux de bindis, notamment la série Heriodes (2016) qui renvoie au recueil d’Ovide intitulé Les Héroïdes. Ces poèmes épistolaires empruntent la voix d’héroïnes de la mythologie grecque et romaine qui s’adressent à leurs amants perdus, abandonnés ou imaginaires. Une série en cours constituée de cartes de Mercator recouvertes et masquées sera également exposée pour la première fois. Dans cette série, les bindis marquent et ponctuent les territoires et frontières, remettant en question la polarité Nord/Sud des pays et des nations ainsi que la déformation visuelle de la géodésie européenne.

Dans sa pratique sculpturale, Kher recourt également de diverses façons au readymade. Ses « sculptures portraits » (2012-2016) sont des piédestaux en béton coulé drapés de saris, un vêtement typique de l’Asie du Sud consistant en une pièce d’étoffe unique de 5,5 m simplement nouée. En l’occurrence, le sari symbolise le personnel et se substitue au corps absent. Une des œuvres de la série, The night she left [Le soir où elle est partie] (2011), se compose d’un escalier en bois récupéré avec une cascade de bindis rouges. Un sari enroulé autour d’une chaise renversée renvoie au titre descriptif de l’œuvre.

La pièce monumentale An absence of assignable cause [Une absence de cause assignable] (2007), représentation imaginée d’un cœur de baleine bleue créé à l’échelle et enveloppé d’une pellicule de bindis, sera également présentée. À la fois le plus grand cœur au monde et une étude de l’amour, cette œuvre permet paradoxalement de voir dans le cœur de l’autre avec son œil intérieur.

En perturbant un monde qui s’entête à vouloir définir l’expérience humaine et ses expressions culturelles, Bharti Kher met en évidence la fécondité des associations hétéroclites. Au moyen d’indices subtils et de rapprochements plus formels, elle explore une multitude de thèmes comme l’hybridité, le spectre du corps féminin et l’immatériel dans le monde matériel. L’exposition sera par ailleurs l’occasion de réfléchir à d’autres questions pressantes telles que les contradictions de la dynamique masculin/féminin, l’appropriation culturelle, le regard que nous portons sur l’autre et, surtout, l’empathie. En tant que ville animée et ludique faite de contrastes et de mélanges, Montréal offre un cadre particulièrement propice à l’exposition Points de départ, points qui lient.

Bharti Kher is known internationally for her signature use of the bindi in works across painting and sculpture. Derived from the Sanskrit word bindu — meaning point, drop, dot or small particle — and rooted in ritual and philosophical traditions, the bindi is a dot applied to the centre of the forehead as a representation of a spiritual third eye. Originally applied with natural pigment, bindis have transformed over time to become a popular, mass produced accessory. Kher reclaims this way of seeing by creating intensely layered and lavish ‘paintings’ that are charged with the bindi’s conceptual and visual links to ideas such as repetition, the sacred and the ritual, appropriation, and a deliberate sign of the feminine. The bindi becomes a language or code we begin to read through works that elicit formal connections with abstract expressionism, op art, and geometric abstraction from Western painting and the tantric and neo-tantric traditions of India. Kher states: “ I activate the surface for you to imagine the microcosmic and macro. Remember also that the work looks back at you ”.

A selection of bindi paintings will be on display at the Foundation, including the Heriodes series (2016), which refers to Ovid’s The Heroines. This collection of epistolary poems is written in the voice of the heroines of Greek and Roman mythology, who address and respond to their lost, left, and imagined lovers. An ongoing series of map works that cover and mask Mercator world maps will also be exhibited for the first time. The application of bindis mark, scar, and punctuate territories and borders, questioning the north/south polarities of country and nation, as well as the visual misrepresentations of a European geodesy.

Kher’s sculptural practice also makes use of the readymade in multiple ways. Her ‘portrait sculptures’ (2012-2016) are cast concrete pedestals draped with the sari, the unique South Asian garment that is tied and worn from a 5.5-metre length of unstitched fabric. In this instance, the sari becomes the signifier of the personal and the proxy for the absent body. The night she left (2011), one of the works in the series, is a reclaimed wooden staircase that Kher marks with a cascade of red bindis. A twisted sari weaves around an upturned chair, evoking the narrative of the work’s title.

Also presented is the colossal work An absence of assignable cause (2007), an imagining of the anatomic heart of a blue sperm whale, made to scale and enveloped in a skin of bindis. At once the biggest heart in the world and an inquiry of love, this work offers the paradox of seeing with the inner eye into the heart of the other.

Bharti Kher’s work underlines the productivity of disparate combinations in disrupting a world that insists on defining human experience and its cultural expressions. Through subtle clues and formal seduction, she explores a multitude of themes including hybridity, the spectrum of the female body, and the nonphysical in the material world. This exhibition also gives us an opportunity to engage with other urgent questions through art: with the contradictions in male/female dynamics; with cultural appropriation and the ways we look at the other; and, essentially, with empathy. As a vibrant and playful city full of contradictions and mixes, Montreal provides a particularly poignant context for Points de départ, points qui lient.