KARINE PAYETTE @ circa

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« À perpétuité »
24 mars — 28 avril | March 24 — April 28
Vernissage 24 mars 15h | March 24, 3PM
circa-art.com

« Les visiteurs parcourent le zoo en regardant les animaux. Ils vont de cage en cage, non sans rappeler les visiteurs d’une galerie d’art, s’arrêtant devant chaque tableau avant de passer au suivant, puis au suivant encore. Sauf qu’au zoo, la vision est toujours faussée. Comme une photo mal mise au point. » 

— John Berger, 1980

 

Avec À perpétuité, l’artiste montréalaise Karine Payette poursuit sa réflexion entamée il y a quelques années autour des rapports complexes que l’humain entretient avec les autres espèces. Elle conjugue ici deux thèmes phares de sa pratique multidisciplinaire, soit l’habitat et et le vivant. Si l’univers domestique, les espaces de vie et l’incessante quête de (ré)confort ont formé un aspect majeur de sa démarche, cette installation cinétique constitue le point d’amorce d’un nouveau corpus tourné cette fois vers les environnements artificiels dans lesquels évoluent les animaux, comme les jardins zoologiques, les cirques et les animaleries.

Fascinée par ces lieux où l’émerveillement côtoie le désenchantement, Payette s’est particulièrement intéressée aux troubles compulsifs développés par les pensionnaires qui y sont logés. Il a été démontré que le confinement, l’ennui et la proximité imposée avec les humains peuvent entraîner un stress important chez les animaux. La présence de stéréotypies, qui sont des comportements anormaux chroniques, constitue à cet égard l’un des signes les plus évidents de ce que certains spécialistes qualifient de « zoochose » (vocable formé par la contraction de zoo et de psychose). Ces mouvements peuvent être aisément remarqués lors d’une visite au zoo, à l’exemple d’un félin qui arpente sa cage en faisant des allers-retours selon un parcours précis, ou encore d’un ours qui se balance sur place de manière répétée.

Conçue à partir d’observations in situ et de recherches issues de l’éthologie, À perpétuité nous invite à pénétrer dans un espace immersif qui semble hors du temps. L’installation est composée de trois aquariums plongés dans l’obscurité dans lesquels se meuvent des spécimens non identifiés. Une eau trouble de teinte turquoise voile et sublime tout à la fois la présence de ces curieux animaux. S’agit-il de mammifères aquatiques? Nul ne saurait le confirmer avec certitude. Quelques instants suffisent toutefois pour que la fascination cède place à la perplexité : ce qui se présentait de prime abord comme étant un dispositif familier se révèle plutôt être une présence inquiétante. Semblant en proie à une forme de folie, les animaux effectuent des cercles réguliers sans jamais s’arrêter. Payette met ainsi en scène une vision précisément faussée , ambiguë, autour de la problématique du vivant.

— Julia Roberge

“Visitors go to the zoo to look at the animals. They go from cage to cage, like visitors to an art gallery, stopping in front of each picture before passing on to the next on, and then the next. Except at the zoo, our vision is always distorted. Like an out-of-focus photograph.”

— John Berger, 1980

 

With In perpetuity, the Montreal artist Karine Payette continues to reflect on the complex relationships that humans have with other species, a project that she began a few years ago. Within her multidisciplinary practice, she combines two illuminating themes: habitat and living. If the domestic universe, living spaces and the incessant quest for comfort(ing) form primary aspects of her approach, this kinetic installation initiates a new body of work that now turns towards artificial environments where animals evolve, such as in zoos, circuses and pet shops.

While fascinated by such places where amazement rubs up against disenchantment, Payette is particularly interested in the compulsive disorders that arise amongst their inhabitants. Enclosures, boredom and proximity to humans have been shown to cause significant stress in animals. The presence of stereotypies, which are abnormal chronic behaviors, signify one of the most obvious signs of what some specialists call “zoochosis” (a term formed by the contraction of zoo and psychosis). These movements are easily noticeable during a visit to the zoo, for example, a feline that roams in its cage, going back and forth along a specific path, or a bear that repeatedly sways in one spot. Conceived from observations in situ and from ethological research, In Perpetuity invites us to enter into an immersive space that seems situated outside of time.

The installation consists of three dark aquariums where unidentified specimens move. The presence of strange animals are veiled and sublimated within the murky turquoise water. Are they aquatic mammals? No one can say for sure. A few moments are enough however, for fascination to give way to perplexity: what appeared at first as familiar forms, instead become troubling presences. Seemingly trapped in a kind of madness, animals perform endless repetitive circles. Payette thus stages a falsified vision that problematizes living creatures in precisely ambiguous ways.

— Julia Roberge