SHANIE TOMASSINI @ circa

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« Les propriétés mathématiques d’un beigne »
24 mars — 28 avril | March 24 — April 28
Vernissage 24 mars 15h | March 24, 3PM
circa-art.com

Un hominidé vient de tracer sa main sur les parois d’une grotte. Il a de l’ocre sur le dos de sa paume. Il va au ruisseau et nettoie la main qui lui a servi de pochoir avec celle qui lui a servi d’outil. L’eau se trouble un instant au contact des pigments et, tandis que le peintre est satisfait, l’humanité trépigne d’impatience.

Évidemment, il n’y a pas eu un seul humain ni une seule représentation de main pour faire frémir notre ontologie; mais il y a bien quelque part la première main du premier humain qui a laissé volontairement sa trace, pas sur la neige ni la boue ni l’eau, mais sur la pierre qui s’altère plus lentement que cent générations de bipèdes.

Il y a là un point de singularité, une rupture radicale dans la chronologie silencieuse de notre évolution.

 

Shanie Tomassini aime bousculer l’intégrité de la matière, comme s’il fallait chaque fois éprouver la substance d’une forme pour s’assurer de sa nécessité, de sa cohérence et de sa réalité.  Il y a dans sa pratique un délicat travail de sape qui cherche à ébranler les perceptions, à porter de subtiles atteintes au sens et à la forme des objets.

Les propriétés mathématiques d’un beigne poursuit cette réflexion sur la confusion des sens à travers la déroute de la forme. En empruntant au champ mathématique de la topologie certains concepts, Tomassini aborde l’anatomie de ses sculptures comme une suite de possibilités infinies dans l’espace limité d’une surface donnée. La pierre qui devient un beigne reprend cette idée d’un état profondément malléable à l’intérieur des contraintes d’une même superficie. Tomassini  approche le sens et la morphologie d’un objet à la manière d’un ruban de Mœbius; cette ceinture qui apparaît d’abord comme étant composée de deux plans étrangers se révèle, par une spécieuse inversion, à n’être au fond que la même surface qui tourne en boucle sur elle-même.

Par ce jeu de mutation qui perturbe l’intégrité physique d’une forme, l’artiste amorce une réflexion sur l’évolution d’un objet dans l’espace et le temps, mais aussi sur la portée du geste qui le façonne. Les interventions laissées à même les murs de l’exposition sont autant de clins d’œil à l’art pariétal, premières traces délibérées et pérennes de notre espèce, qu’au dispositif de diffusion qu’est la galerie. Dans les deux cas, le contexte devient le médium où l’on laisse une trace distincte et décisive qui modifie l’environnement et marque la temporalité. L’œuvre Exponential Clay est une boutade à ce geste qui a érigé la longue courbe évolutive des manifestations humaines. Ce diagramme sculpté à tâtons décrit une courbe de croissance exponentielle, composée d’abord d’une montée lente et régulière qui culmine vers une verticalité transformatrice. KNEE of CURVE  accuse cet instant elliptique et imprévisible qu’on ne peut qu’anticiper et qui se situe au « creux de la courbe ». C’est l’évocation d’un moment radical au cœur de la présente exposition, la suggestion d’un point de singularité. C’est la quête d’un seuil de basculement qui modifie radicalement l’appréciation d’un objet, ce moment de prégnance liminale qui augure une ontologie nouvelle.

— Jean-Miguel Zurita

A hominid has just traced his hand on the wall of a cave. He has ochre on the back of his palm. He goes to the stream and cleans the hand that served as a stencil with the one that served as a tool. For a moment, the water becomes muddy in contact with the pigments. While the painter is satisfied, humanity is impatient.

Obviously, it was not a single human or a single representation of a hand that shook up our ontology; but somewhere the first hand of the first human voluntarily left a mark, not on the snow or the mud no the water, but on stone, which deteriorates more slowly than a hundred generations of bipeds.

There is a point of singularity here, a radical break in the silent chronology of our evolution.

 

Shanie Tomassini likes to disrupt the integrity of matter; each time testing the substance of a form to ensure its necessity, it’s coherence and its reality. Her practice seeks to delicately undermine and shake up our perceptions, by subtly attacking our sensorial perceptions of the forms of objects.

The Mathematical Properties of a Donut continues to reflect upon the confusion of the senses through collapsing the form. By borrowing certain concepts from the mathematical field of topology, Tomassini approaches the anatomy of her sculptures as a series of infinite possibilities within the limited space of a given surface. The stone that becomes a donut integrates the idea of a deeply malleable state inside the constraints of the same area. Tomassini approaches the meaning and morphology of an object in the manner of Moebius strip; this ribbon, which at first appears to be composed of two distinct planes, is revealed by a specious inversion, to be the same surface that turns into a loop upon itself.

Through this game of mutation that disrupts the physical integrity of a form, the artist reflects on the evolution of an object in space and time, but also on the scope of the gesture that shaped it. The interventions on the walls of the exhibition are like so many winks to cave art — those first deliberate and perennial traces of our species — as well as to the display mechanisms of the gallery. In both cases, the context becomes the medium where one leaves a distinct and decisive trace that modifies the environment and makes a temporal mark. The work Exponential Clay jokingly refers to the gestures that lift up the long evolutionary curve of human manifestations. This hand-carved diagram depicts an exponential growth curve, initially composed of a slow, steady rise that culminates in transformational verticality. KNEE of CURVE confronts the elliptical and unpredictable moment that we can only anticipate and is situated in the “hollow of the curve.” The evocation of a radical moment — the suggestion of a threshold of singularity – is at the heart of this exhibition. It is the quest for a tipping point that radically modifies the appreciation of an object, a moment of liminal gestation that augurs in a new ontology.

— Jean-Miguel Zurita

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