ÉMILIE SERRI @ b-312

SÉRRI_ÉMILIE
The Space Between the Seconds, 2018, vue d’installation

« The Space Between the Seconds »
22 février — 31 avril | February 22 — April 31
galerieb312.ca

« La rencontre équilibre l’errance. Croisement de deux altérités, elle accueille l’étranger sans le fixer, ouvrant l’hôte à son visiteur sans l’engager. Reconnaissance réciproque, la rencontre doit son bonheur au provisoire […]. »

— Julia Kristeva

 

The Space Between the Seconds, la plus récente exposition d’Émilie Serri, regroupant trois installations vidéo tirant leur genèse des questionnements de l’artiste sur ses origines syriennes. Comment s’inscrire dans une filiation en l’absence de référents directs à sa propre culture ? Comment embrasser ses origines à un moment où la guerre rend difficile, voire impossible, la recherche sur le terrain ? Comment s’identifier à une mémoire à partir du vécu, des histoires d’un autre ? Émilie Serri aborde ces questions par le truchement des notions d’altérité, de disparition et de mémoire en interaction avec l’histoire —  intime et collective  — et de leur projection possible dans des espaces identitaires à la fois documentaires et imaginaires. Construits à partir de documents personnels et de films trouvés sur le web, ces espaces font converger ensemble la réalité et la fiction. Le montage sert d’écriture. Il crée des histoires, de l’Histoire. Par la juxtaposition de séquences, les vidéos d’Émilie Serri se construisent, à l’image de l’identité qu’elles tentent de décrire, de façon imaginée, tout en interrogeant, sous l’angle de l’« ailleurs familier », les dimensions psychologiques, sociales et politiques dont elles peuvent être porteuses. Son œuvre se développe à la manière d’un récit enchâssé dans l’univers cinématographique, un télescopage où sa pratique et la recherche de ses racines se construisent ensemble, lui autorisant un regard fantasmé, sur et depuis ses origines. À titre d’exemple, l’œuvre R0G255B0 se présente tel un green screen monolithique et agit comme toile de fond à ces appréhensions identitaires où il est permis d’espérer tous les possibles. Elle suggère à la fois une présence par sa forme imposante et sa trame sonore narrant une expérience de la Syrie, mais également une disparition par ses possibilités techniques d’incrustation. C’est également, pour Émilie Serri, l’occasion de poser un commentaire sur la circulation, la fabrication et la véracité des images. 

— Isabelle Guimond