ALEXANDRE BÉRUBÉ @ sightings

BERUBE_ALEXANDRE
L’épreuve de la table de travail, 2018, vue d’installation

« L’épreuve de la table de travail »
25 jan — 6 mai | Jan 25 — May 6
ellengallery.concordia.ca

Pour SIGHTINGS, je poursuis un cycle de projets sur la table de travail en tenant compte du contexte particulier d’exposition du cube, ainsi que des possibilités et des contraintes propres à la transparence de ses murs. Les murs transparents, donnant à voir simultanément l’intérieur et l’extérieur du cube, mais à travers des expériences distinctes du regard, reconfigurent de façon singulière les rapports entre expérience visuelle, expérience corporelle et expérience mentale. Tandis qu’à l’extérieur du cube, les jeux du regard et du point de vue (la position du corps, l’emplacement du regard) s’équivalent, l’intérieur du cube les disjoint — cet espace étant accessible au regard, mais inaccessible au corps, qui est physiquement exclu par le dispositif d’exposition. Cette disjonction, induite par la transparence des murs, est l’occasion d’étudier l’autonomie possible du regard et sa capacité à se projeter dans un espace clos, même à s’y construire un corps propre.

J’imagine une personne, debout, près de cette table, dans un espace restreint. Cette personne imaginée, auprès d’une table, dans un espace imaginaire est ce que j’appelle une figure.

À l’intérieur du cube, je présente une installation dont le motif principal est la table de travail, objet central à la pratique des arts visuels en contexte universitaire. Comme dans un environnement privé, des objets mobiliers et des photographies sont mis en espace et reprennent, par la présentation ou la représentation, ce motif de la table. S’il ne peut être habité concrètement par les regardeurs et les universitaires qui fréquentent le bâtiment, cet environnement intérieur au cube est destiné à des figures projetées par l’intermédiaire du regard et de ses constructions mentales. L’un des enjeux de cette installation est de générer des effets de présence auprès des objets mobiliers disposés à l’intérieur du cube, voire d’y permettre l’apparition de figures singulières. Cette partie du projet s’appuie sur deux hypothèses conjointes, soit, d’une part, que les effets de présence sont rendus possibles, grâce aux projections imaginaires du regard, par la superposition d’un espace mental et d’un espace physique et, d’autre part, que l’espace mental est le milieu de vie des figures mentionnées.

Sur une des surfaces redoublant les parois extérieures du cube, je présente un texte pseudo-théorique qui peut être conçu comme l’amorce d’une étude de cas psychologique portant sur l’espace d’installation. Ce texte explore des hypothèses de recherche sur le problème de l’espace en psychopathologie1, basées sur la relation corporelle et psychique que j’entretiens avec mon propre espace de travail. L’une de ces hypothèses est que la perte ou l’épuisement de soi, qui caractérise entre autres l’état mélancolique associé à l’artiste et à l’érudit, est un problème spatial. Abordant la dissolution du sujet dans l’espace, je suppose que nous vivons généralement comme des figures imaginaires, projetées par le regard d’autrui, qui ne se distinguent pas de l’environnement mental dans lequel elles évoluent.

— Alexandre Bérubé

For SIGHTINGS, I continue a cycle of projects focusing on the work table, while considering the particular exhibition context of the cube and the possibilities and constraints specific to the transparency of its walls. These walls simultaneously reveal the cube’s interior and exterior, but through distinct experiences of the gaze that uniquely reconfigure the relationship between visual, physical, and mental experiences. While the interplay of the gaze and perspective (the body’s position, the placement of the gaze) are equivalent outside of the cube, they become disjointed on the inside — the space is accessible to the gaze, but inaccessible to the body physically excluded by the display module. The disjunction induced by the transparency of the walls is an opportunity to reflect on the potential autonomy of the gaze, its ability to project into an enclosed space, and even construct its own body.

I imagine a person, standing near this table, in an enclosed space. This imagined person, next to a table, in an imaginary space is what I call a figure.

The inside of the cube features an installation whose main motif is the work table, a basic element in the practice of visual art within a university context. Furniture and photographs are arranged much like in a private environment, and reference the table motif through their presentation or representation. Although it can’t be physically inhabited by the viewers and students who frequent the building, the cube’s interior is meant to be occupied by figures that are mentally projected through one’s gaze. One of the installation’s challenges is to use the arrangement of furniture inside the cube to generate a sense of presence, and even allow different figures to appear. This aspect of the project is based on two joint hypotheses: on one hand, the effects of presence are possible due to the imaginary projections of the gaze and by the superimposition of mental and physical spaces, and on the other hand, that mental space is where the aforementioned figures exist.

Presented on a surface doubling the cube’s exterior faces is a pseudo-theoretical text that can be conceived as the early stages of a psychological case study about the installation space. This text explores a number of research hypotheses on the question of space within psychopathology,1 based on the bodily and psychological relationship that I maintain with my own workspace. One of these hypothesis is that the loss or exhaustion of the self, which, among other things, characterizes the melancholic state associated with the artist and the erudite, is a spatial problem. Through the dissolution of the subject within space, I suspect that we generally live like imaginary figures — projected by someone else’s gaze — that are indistinguishable from the mental environment in which they evolve.

— Alexandre Bérubé