JEAN-MICHEL LECLREC @ arprim

12.

« Grande fête »
1 fev — 10 mar | Feb 1 — Mar 10

arprim.org

La pratique de Jean-Michel Leclerc est marquée par une approche intuitive de l’histoire, incarnée dans une démarche d’appropriation et de transformation d’images, documents, archives et faits divers. Dans son travail, l’artiste privilégie des interventions directes et souvent simples, qui détournent les qualités premières des documents extraits de leurs contextes d’origine et leur ajoutent une matérialité, une plasticité qui relève parfois du domaine de la peinture, parfois des arts imprimés. Il subsiste ainsi dans les œuvres une forte prégnance du réel, appuyé par le référent photographique dans les tableaux, malgré que les manipulations de l’artiste contribuent à induire une certaine distanciation. Cet effet est central dans l’exposition Grande fête, où les œuvres agissent à la manière d’effigies.

Ici, l’artiste restitue en galerie les reliques, les restes d’une fête déçue : pique-nique abandonné, carrousel ne tournant plus, masques délaissés par leurs porteurs, colis brisés et sans destinataires, train sans destination. Réalisés avec des matériaux humbles, tels que le bois trouvé, le carton, le papier récupéré et divers débris et salissures, les œuvres sculpturales se montrent comme des simulacres dont les référents semblent appartenir au passé, peut-être aux premières décennies du XXe siècle. L’usage du papier mâché renforce cette impression en rappelant les masques et costumes traditionnels de carnaval, grande fête par excellence, autant que l’usage extensif de cette matière pauvre dans la production industrielle des jouets. En effet, les objets que fabrique l’artiste peuvent susciter cette analogie, puisqu’ils se donnent comme doubles, sortes de «reproductions amoindries d’objets humains (1)» dont l’usage et la fonction sont déterminés par leur rapport au réel. Dans les tableaux, l’effet fantomatique induit par la succession de couches de peinture que l’artiste travaille pour cacher et révéler les images qu’il utilise contribue à la même indécision: les albums sans contenu, les bricolages maladroits et les scènes immobiles nous semblent familiers, à la manière d’un souvenir, mais l’absence de contexte pour les comprendre les condamnent à demeurer anhistoriques.