SCOTT MCFARLAND @ division

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Thinking About a Picture, 2017, vue d’installation

Dans Thinking About a Picture, Scott McFarland présente trois récentes séries d’œuvres : Sky LeaksLens Cleaning et Santa Anita

Ces nouvelles photographies de McFarland, où le contour des figures s’entrecroise et se chevauche, sont rehaussées de couleurs vives. La superposition d’images, fantomatiques, collige en une seule et même composition une pluralité de passages et de récits. Ainsi, McFarland regroupe dans ses œuvres une multitude de moments, que le photographe Henri Cartier-Bresson appellerait des instants décisifs

La pratique de McFarland est constituée de centaines d’images qu’il qualifie de « film dumps », un principe qui compresse en une seule image une profusion de poses. La chose est particulièrement visible dans la série Santa Anita, qui fait par ailleurs écho à l’œuvre The Horse in Motion, une étude des mouvements équins menée en 1878 par le Britannique Eadweard Muybridge. Quant à elle, la série Sky Leaks, avec ses étendues de nuages, est un clin d’œil à l’œuvre Equivalent d’Alfred Stieglitz qui, au 19e siècle, photographiait le ciel en des compositions abstraites. Ici, McFarland utilise des négatifs endommagés par l’eau et la lumière, faisant ainsi apparaître un fourmillement de nouveaux phénomènes. Ce procédé rappelle au spectateur tant la matérialité même de la pellicule, que la présence de la lumière et de l’eau dans le ciel. 

Lens Cleaning, la série la plus introspective de l’artiste jusqu’à ce jour, rend explicite les notions de surface et d’interface. Représentant le moment précédant la prise d’une photographie, McFarland se met en scène en train de nettoyer une lentille de caméra, un geste compulsif qui positionne de manière centrale le dispositif photographique. Or, McFarland renverse ce processus propre à la pratique du photographe en saupoudrant ses pellicules photo de particules et de cheveux dénichés dans son sac de chargement et en amoncelant au bas de l’image, entre la photographie et son cadre, des poussières trouvées dans son studio. Par le fait même, il nous rappelle le processus laborieux qui précède la cristallisation du tout en une image fixe.  

Chaque série subvertit à sa manière les conventions de la photographie. Dans Santa Anita, l’aspect narratif est voilé, ainsi que toute représentation nette des chevaux et leurs cavaliers. Dans Sky Leaks, la redoutée lumière qui rend les films irrécupérables devient en soi le sujet de l’œuvre. Finalement, dans Lens Cleaning, plutôt que d’éliminer la poussière, McFarland édifie les débris trouvés en les réintégrant dans son processus de création. Dans chacune des séries, l’artiste, ses outils et ses expériences personnelles se font vivement sentir, ce qui nous fait prendre conscience de toutes les manipulations et des nombreuses successions d’étapes dont l’art photographique est composé.

In Thinking About a Picture, Scott McFarland presents three recent bodies of work: Sky LeaksLens Cleaning, and Santa Anita.  

Several of McFarland’s new photographs are marked by a soft commotion of colour and contour. The ghostly, layered images suggest palimpsests of activity remembered into a single frame, and McFarland has indeed collapsed many of what Henri Cartier-Bresson called « decisive moments » into a dense composite. 

Comprised of hundreds of exposures he calls ‘film dumps,’ the pictures in his new Santa Anita series echo studies of equine movement performed in Muybridge’s The Horse In Motion from 1878. In his Sky Leaks prints, McFarland nods to Stieglitz’s Equivalent series, returning with greater emphasis to the cloudscapes of his own earlier work. His water- and light-damaged negatives, fizzling and flaring into lesions of abstraction, remind us of the film itself, and of the light and water of which firmament is made. 

Perhaps the most self-reflexive series to date is Lens Cleaning, in which surface becomes explicit. Depicting the moment prior to taking a photograph, McFarland portrays himself removing debris from a lens, an intimate gesture that brings the apparatus of photography to the fore. Bespeckling his film with dust and hair from his film loading bag, even tucking a pinch of studio lint between photo and frame, McFarland reminds us of the unwieldy process before an image clarifies into print.

Each series is a subversion of photography’s conventions. In Santa Anita, narrative is obscured, as is any clear depiction of the horses and their riders. In Sky Leaks, the dreaded light leaks associated with unsalvageable film become the subject of the work. And in Lens Cleaning, rather than observe the traditional practice of removing dust, McFarland reimagines the debris as valuable content. In every series, the artist, his tools and his personal experience are vividly felt, attuning us to moments as tactile and as richly layered as the photographic craft itself.