JEAN-ROBERT DROUILLARD @ art mûr

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Des silhouettes emballées, 2018, vue d’installation 

« Des silhouettes emballées »
13 jan — 24 fev | Jan 13 — Feb 24

artmur.com

Avec Des silhouettes emballées, Jean-Robert Drouillard opère un virage dans son œuvre et nous livre plusieurs expériences qui rompent avec sa production passée. L’artiste s’est longtemps focalisé sur la sculpture réaliste, grandeur nature, de portraits d’adolescents, de femmes et d’hommes de son entourage taillés dans le bois. Sa dernière exposition au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Mon cœur est un ovni en forme de Frisbee, présentait un corpus portant l’hyperréalisme du sculpteur à son paroxysme. Les adolescents, dressés sur des piédestaux, étaient saisis dans un moment de jeu, l’attitude et les vêtements de chacun exprimant son individualité tout en témoignant de la condition adolescente de notre temps.

Jean-Robert Drouillard renoue maintenant avec ses premiers élans et se livre de nouveau à des expérimentations avec la matière. L’ensemble d’œuvres principales de l’exposition est constitué de sept sculptures en plâtre, un matériau inhabituel dans la production de Drouillard. Il a réutilisé pour cette série le moulage d’une statue représentant l’un de ses fils. Le format est également atypique : cette fois, la taille des reproductions est réduite par rapport au modèle. En outre, des éléments incongrus viennent briser le réalisme des œuvres : des formes tantôt bricolées, tantôt inspirées de la nature viennent remplacer la tête, le torse, ou encore la nuque des figures. Les éléments chimériques — comme la coiffe de loup — reviennent de manière plus intrusive encore qu’avant. Ces « hommes à tête de chou » ¹, ou de pigne de pins, ont-ils quelque chose à nous dire ? L’observateur peut projeter à loisir son interprétation pour expliquer la mutation subie par ce jeune homme cloné dans sept versions différentes.

En complément, des photographies montrent certaines sculptures de l’exposition, encore inachevées, dans des décors en chantier, comme des arrêts-sur-image dans la genèse des œuvres. Grâce à cette mise en abyme, Drouillard met en lumière un parallèle entre le processus de création d’une sculpture et le travail du bâtiment. À l’image d’un espace drastiquement métamorphosé par un chantier de rénovation, l’artiste a souhaité documenter les étapes de réalisation de ses œuvres. Entre l’avant et l’après, il reste ainsi une trace de la phase chaotique de sa fabrication.

Plus loin, une sculpture recouverte d’un tissu, dont seules les jambes sont visibles, évoque la silhouette d’une femme en burqa. La signification de cette couverture, qui nous empêche de voir le haut de son corps, est ambigüe : s’agit-il d’un tissu d’apparat, ou bien d’une étape dans l’emballage de l’œuvre — une mesure de protection dont les visiteurs d’un musée sont rarement témoins ? On retrouve ailleurs deux personnages de l’ancienne phase onirique du sculpteur, celle où des éléments du règne animal venaient sublimer des portraits d’hommes et de femmes. Deux jeunes filles affublées de coiffes en tête de loup se font face. Les figurines de bronze sont patinées en fuchsia. Comme un pied-de-nez à la tradition, ces petits chaperons rouges ont mangé le loup et se sont approprié ses attributs menaçants.

Enfin, au détour d’un mur, un ange surgit telle une apparition. Il s’agit de celui qui couronnait l’arbre de Noël de la Place des Festivals de Montréal en cette fin d’année 2017. C’est la seule sculpture en bois présentant une réelle continuité avec l’œuvre de Drouillard. Ce dernier revendique le caractère artisanal de sa pratique, héritière d’une tradition sculpturale intimement liée au christianisme. Avec Des silhouettes emballées, il introduit pourtant une réflexivité qui l’emmène vers des régions plus conceptuelles et expérimentales.  

— Suzanne Viot

Jean-Robert Drouillard’s practice has its genesis in a background of studies in literature and writing. He is a member of the artist collective la Coop Le Bloc5, an artist-run collective in Quebec. His work refreshingly resists current tropes of art people can view on screens — it’s presence in a room is eerie, caught from peripheral vision, it doesn’t hold the same presence as a human figure, despite being the same size, it’s more funereal, it’s heavy analog weight striking at our digitally enabled low-level panic. While describing this effect though, while creating more tactile strain that a four inch screen’s rendering, cannot bear the full onus of the work on the corpus of the flesh.

Despite his works bearing the torsos of humans, their heads often, though not always, carry animal characteristics, but these works don’t constrain themselves to the chiseled muscularity of antiquity. The putty is palpable, it’s not illusory, it’s medium-specificity is raw and deliberate. Not disregard the work by using the term, but it is messy, as is the anthro-cultural epistemes that it reminds us of. The anthropological can be applied here, as these works are far from human, or to be precise, far the self-image of human. We’re drawn to current discourses on the anthropocene, as we encounter animals beginning to take on human qualities, and notably this is not the opposite.

Drouillard’s works omit the humaness of each figures head, we must consider them in a manner dehumanised. In taking on the zoological, their relational positioning to one another give them a docility that strives for a time gone by. In this sense they are truly hauntological, they show a misty-eyed throw back to a moment one cannot envisaged the trajectory shifted and we moved to an ecological epoch of no return.

— Terence Sharpe

1. Serge Gainsbourg, L’homme à tête de chou, concept-album, 1976