YANNICK DE SERRE @ circa

DE_SERRE_YANNICK
Tergiverser vers le vide, 2018, vue d’installation. Photo : DPM

« Tergiverser vers le vide »
20 jan — 10 mar | Jan 20 — Mar 10

circa-art.com

L’immanence de la rupture

Avec Tergiverser vers le vide, Yannick De Serre met en lumière, en scène et en intrigue la rupture dans ce qu’elle a de plus irrationnel, violent et émouvant. L’artiste capte le poids de l’absence et du vide dans une expression délicate et poétique inspirée du thème du départ.

Chez Yannick De Serre, l’objet de la rupture est in presencia. Au cœur de l’exposition Tergiverser vers le vide se trouve un sécateur, outil horticole destiné aux opérations de taille. C’est d’ailleurs cet objet qui a donné l’impulsion créatrice au projet. Il y a quelques années, l’artiste a demandé à son entourage plus ou moins proche de lui faire parvenir des lettres, en répondant à la question suivante : « Que laisseriez-vous sur la table pour expliquer votre départ? » Bien sûr plusieurs lettres lui sont parvenues; certaines d’entre elles tapissent aujourd’hui les murs de la galerie. Plus qu’une tentative d’explication, ces objets dévoilent parfois un état d’âme, souvent un état d’être duquel les signataires des lettres doivent et veulent souvent se délier. D’où la rupture nécessaire pour y parvenir! Face à ces lettres, le sécateur trône sur un empilement de feuilles, témoins d’œuvres passées, sciemment découpées par l’artiste. Cette main qui guide la taille, n’est-elle pas elle aussi celle qui métaphoriquement accompagne ou empêche le départ, retient l’autre ou le laisse aller? Il se dégage de la série de bouquets de fleurs réalisés en gaufrage et graphite, et exposés sur les murs de la galerie, face aux lettres, une déclinaison sentie d’émotions prises en charge par la gestualité et le positionnement de la main tenant le bouquet. Ici une main pince avec délicatesse le bouquet laissant transparaitre la fragilité du lien, là elle laisse aller le lien. Ailleurs, elle empoigne avec fermeté, voire colère, la gerbe empêchant l’échappée. Finalement, ouverte et tendue vers le haut, la même main opère une fusion avec le bouquet, signe probable d’un lâcher-prise. Dans cette cartographie d’émotions, Yannick De Serre place la rupture comme un levier engageant sans cesse le poids de la présence et celui de l’absence dans une lutte intérieure : rester et se perdre, partir et re-vivre. Que de tergiversations avant et dans l’acte! Si la rupture semble être réfléchie dans la tête de celui qui la cause, elle provoque l’incompréhension chez celui qui la subit. Alors viennent les questions et le doute; puis l’acte se nimbe de mystère.

— Émilie Granjon, commissaire

The Immanence of Rupture

In Tergiverser vers le vide, Yannick De Serre highlight the notion of rupture, staging and questioning its most irrational, violent and moving ways. He captures the weight of absence and emptiness in a delicate and poetic manner, using the theme of departure as inspiration.

For Yannick De Serre, the object of the rupture is in presencia. At the heart of the exhibition Tergiverser vers le vide, there is a pruner, a horticultural tool for pruning. This object is what gave creative impulse to the project. A few years ago, the artist asked his entourage, people more or less close to him, to send him letters answering the question: “What would you leave on the table to explain your departure?” Of course, he received several letters and some of them now line the gallery walls. More than attempting an explanation, these objects reveal a state of mind, a state of being in which the letters writers often need to let loose. Hence the rupture necessary to achieve this! Facing these letters, the pruner sits on a pile of leaves, a reference to past works, knowingly shaped by the artist. Is this hand that guides the cut, not also the one that metaphorically accompanies or prevents departure, retaining the other or letting him/her go? From the series of flower bouquets made of embossing and graphite, and exhibited on the gallery walls, facing the letters, a range of emotions emerges created by the gestuality and positioning of the hand holding the bouquet. Here a hand delicately grasps the bouquet, revealing the fragility of the connection, then releases it. Elsewhere, the hand grips the bouquet firmly, with anger even, preventing it from falling. Finally, open and stretched upward, the same hand merges with the bouquet, likely a sign of letting go. In this cartography of emotions, Yannick De Serre situates the rupture as a lever in an inner struggle, constantly engaging the weight of presence and absence: to stay and lose oneself or to leave and live again. So much tergiversating before and in the act! If the rupture seems to be thought about in the mind of the one who causes it, it causes a lack of understanding in the one who suffers it. Then comes questions and doubt; an act shrouded in mystery.

— Émilie Granjon, curator