SIMONE ROCHON @ nicolas robert

ROCHON_SIMONE
Formes fléchies, 2018, vue d’installation 

« Formes fléchies »
20 jan — 24 fév | Jan 20 — Feb 24

galerienicolasrobert.com

On aimerait appeler dessins ces collages fins et acérés. Le geste se manifeste ici comme rarement dans le travail de Simone Rochon. Organique, le trait semble reproductible. Les formes fléchies posent un indécidable entre rigidité et souplesse. Les compositions, ni abstraites ni figuratives, rappellent les collages modernistes : des membres improbables sur un objet tronqué, jouxté au journal de la veille. Le fond intouché laisse paraître la matérialité du support, jusque là gommée par l’artiste. Celle-ci affirme s’éloigner d’une volonté de réalisme photographique, pourtant elle se rapproche de la facture, de la volupté de ce médium.

La lumière n’a pas de source dans les œuvres de Simone, et les objets qui s’y retrouvent n’ont pas l’habitude de la transparence. Dans la présente série, les papiers s’apparentent aux pellicules déposées sur une table lumineuse, ou aux radiographies consultées sur négatoscope. La duochromie des éléments collés rappelle le négatif et ses manipulations en chambre noire, mais aussi certains effets obtenus en postproduction numérique. Ou le tracé d’un pinceau mouillé sur un papier photosensible. L’évocation de la photographie argentique se sent jusque dans les textures subtiles des ombres, finies à l’encre métallique.

Difficile de percevoir une référence à l’échelle. Seules quelques ombres portées, flottées, nous rattachent à un vague horizon. Les ombres souples sont parfois celles des traînées d’encre, tantôt celles de réminiscences matérielles. Des impressions de volumes angulaires résolvent nos désirs de tridimensionnalité. Elles tendent vers l’espace sculptural en trouvant leur assise dans l’aplat, tandis que les ombres demeurent dans la dimension du papier.   

Les sculptures installées confirment ces tensions. Les pincements, torsions, plis, déploiements et renflements forcent les deux dimensions à devenir trois, en restant malgré tout un peu deux. Comme souvent chez l’artiste, une surface en révèle une autre : le négatif, son envers. Le matériau précis et léché contre (tout contre) son ombre matte et texturée.

— Charlotte Lalou Rousseau

It would be tempting to describe these collages with their delicate, sharp motifs as drawings: the brush strokes are evident here, as they rarely are, in the work of Simone Rochon. The mark-making appears both organic and reproducible. The flowing and bending forms are at once rigid and malleable. The artist’s compositions, which are neither abstract nor figurative, evoke modernist collages — improbable constituent parts affixed to a truncated object, next to yesterday’s newspaper clippings. The materiality of the paper is emphasized by the unaltered background, where washes were applied in earlier works. The artist denies any intent to convey a sense of photographic realism but similarities can be found with the treatments and sensuousness associated with this medium.

There is no obvious source of light in Simone’s works and in earlier collages the objects are not transparent. In this series of collages, however, the pieces of paper bring to mind a film placed on a light table, or X-rays viewed on a light box. The two-tone assembled fragments are reminiscent of negatives manipulated in the darkroom, or certain digital post-production effects, or the stroke of a wet brush drawn across a sheet of photosensitive paper. The suggestion of conventional photographic techniques extends to the subtly textured shadows with their metallic sheen.

References to scale remain elusive. Only a few supported or floating forms suggest an indistinct horizon. The sinuous shadows are left by streaks of ink in some places, in others by deposited pigment. The illusion of angular volumes satisfies our longing for three-dimensional representation. Set on a flat surface, they seem to extend into sculptural dimension, while the shadows remain in the same plane as the paper.    

The accompanying sculptures play out these tensions. By bending, twisting, folding, unfolding, and elongating the surfaces, the artist forces two dimensions to become three, while retaining something of their two-dimensional character.  As is often the case in the artist’s work, one surface reveals another — something like its negative: the precisely cut and polished material standing in contrast to its unpolished, textured shadow.  

— Charlotte Lalou Rousseau